QUOI DE NEUF : TCHERNOBYL

PHOTO TIRÉE DU FILM « TCHERNOBYL, LE MONDE D'APRÈS »

 

Tchernobyl, le monde d'après

« Il faut s'attendre dans les jours qui viennent à un complot international des experts
officiels pour minimiser l'évaluation des victimes que causera cette catastrophe.
La poursuite des programmes civils et militaires impose à l'ensemble des États
une complicité tacite qui dépasse les conflits idéologiques ou économiques ».

Bella Belbéoch, le 1er mai 1986, 5 jours après l'explosion du réacteur n°4 de Tchernobyl

 

Depuis le 26 avril 1986, la situation sanitaire dans les territoires les plus touchés
par la catastrophe de Tchernobyl ne cesse de continuer d'empirer.

Le nouveau film de Yves Lenoir et Marc Petitjean, « Tchernobyl, le monde d'après » nous le rappelle :
la catastrophe de Tchernobyl n'est pas figée [1]. C'est un arbre qui pousse.

De nouvelles données recueillies dans la région de Minsk, à 475 km de Tchernobyl, révèlent que les malformations cardiaques congénitales dans la population enfantine sont de 10 à 20 fois plus fréquentes que la normale et que le nombre d'enfants rendus invalides par une maladie cardiaque y a doublé entre 2014 et 2017. À Stolyn, à 200 km de Tchernobyl, 60 % des femmes en âge d'enfanter et plus de 84 % des femmes enceintes ont une pathologie. La naissance d'un enfant en parfaite santé est un événement rare, 90 % des nouveaux-nés ont des maladies.

On a observé, dans une région où la radioactivité a pourtant notablement diminué, que des oiseaux ont développé des malformations, anomalies génétiques et tumeurs en nombre plus élevé que prévu. Les chercheurs émettent l'hypothèse que la "dose initiale", l'exposition aiguë au moment de l'accident, a un effet sur les descendants des oiseaux irradiés lors de l'accident de 1986. En d'autres termes, les anomalies actuelles se seraient transmises de génération en génération depuis l'accident. Les doses reçues à l'époque de l'accident auraient donc induit une instabilité génomique trans-générationnelle [2].

De nombreuses autres études provenant de plusieurs pays ont été répertoriées, analysées et comparées aux modèles en vigueur, comme l'a rapporté Paul Lannoye lors du Forum social antinucléaire, le 3 novembre 2017 à Paris [3]. Son constat, partagé avec le Comité européen sur les risques radiologiques dont il a traduit les "Recommandations 2003" [4], est que les normes de radioprotection protègent plus l’industrie nucléaire que la santé des populations et des travailleurs. L'évaluation des risques liés à une exposition aux radiations, défendue aujourd’hui par les experts en radioprotection à travers le modèle du CIPR, et qui sert de base à la législation européenne en vigueur, est grossièrement insuffisante et scientifiquement obsolète : il est nécessaire de refonder le système international de radioprotection.

 

La mise à mort programmée des générations futures

On constate notamment à travers ces différentes études qui n'ont pas été retenues par la doctrine officielle, que « l'impact sanitaire du nucléaire est d'autant plus destructeur et violent que l'on remonte le cours de la vie vers son origine », comme le souligne Nicole Roelens [5] :

« On voit dans les zones contaminées les impacts sanitaires bien sûr chez les adultes, mais plus on va vers l'enfance, la vie prénatale, le temps de la procréation, et le capital génétique qui précède la procréation, et plus l'impact est virulent et destructeur. Des atteintes qui deviendront parfois héréditaires. Non seulement le nucléaire atteint des personnes vivantes, mais il est en train de détruire la vie des prochaines générations [6]. On dirait qu'on va vers ça en toute inconscience, on laisse faire. On est en train de détruire la vie de nos enfants, de nos petits enfants, sans réaction.

Le nucléaire a inauguré avec Hiroshima l'accès à des technologies destructrices, d'autres sont venues après comme les OGM ou les perturbateurs endocriniens. Ce projet scientifique de toute puissance est fondamentalement hostile au vivant. Les rapports de pouvoir, dont les rapports hégémonie/ asservissement entre sexes est la matrice sous-jacente, ont migré vers la technologie et la science, instaurant des rapports non conviviaux, sans respect pour les êtres vivants, les animaux, les plantes [7]. Il y a fascination des gens pour le pouvoir et pour les technologies hégémoniques, cette puissance qui va pouvoir se développer. Les hommes les plus hégémoniques, qui ont le plus envie de pouvoir, sauvegardent d'une certaine façon l'égo des individus et l'égo des nations. Cela explique la résistance extraordinaire à supprimer l'arme nucléaire, en ce qu'elle donne une illusion de pouvoir, subordonnée au pouvoir du chef.

L'humanité est habitée par un processus d'auto-destruction qui risque de l'entraîner vers son extinction. Les gens savent, mais ils ne veulent pas le savoir. Il y a un mécanisme de démission de la pensée. L’impuissance et la fascination se combinent pour garantir l’impunité de ceux qui provoquent des désastres. En laissant la parole à des experts, spécialistes de la falsification des faits, comme ceux qui agissent dans les cours européennes en faveur des OGM ou du nucléaire, leur discours rassurant évite de nous confronter à ce que nous sommes en train de faire collectivement [8]. »

 

La « protection radiologique » institutionnelle est un leurre dangereux

L'expertise de la protection radiologique est déléguée au niveau mondial à certains organismes de l'ONU, à qui sont assurés légitimité et audience : l’UNSCEAR (Comité scientifique des Nations unies pour l’étude des effets des rayonnements atomiques), qui décrète la « Vérité » des effets des radiations, la CIPR (Commission Internationale de Protection contre les Radiations) qui diffuse cette « Vérité » à travers ses recommandations, source des législations nationales et internationales actuellement en vigueur, et l'OMS (Organisation mondiale de la santé), qui ne dit mot et donc consent.

Comme l'explique Yves Lenoir [9] : « La hiérarchie quant au contrôle de l’exposition aux radiations est simple : la science de l’UNSCEAR au sommet, puis, juste en dessous, les recommandations de la CIPR (Commission internationale de protection radiologique), fondées sur la-dite science, les institutions « opérantes » en troisième position (AIEA, EURATOM etc), et en dernier lieu les législations nationales qui adaptent à leur niveau les recommandations de la CIPR, éventuellement filtrées par des organes supra-nationaux ».

Bien sûr, toutes les études qui ne correspondent pas au "dogme" sont simplement écartées des conclusions officielles. Ainsi le "bilan définitif " de la catastrophe de Tchernobyl a été décrété en septembre 2005 lors du Chernobyl Forum, instance créée au sein de l’ONU en 2002 et dirigée par des experts de l’UNSCEAR et de la CIPR : en tout et pour tout 50 morts et 4000 cancers à venir [10]. Moins que le bilan – morts et blessés – d'une journée de circulation routière dans l'ex-URSS !

Le rapport général, établi à partir des travaux du Chernobyl Forum, a ensuite été soumis par l'UNSCEAR à l'approbation de l’Assemblée générale de l’ONU - qui, comme pour tous les précédents rapports, l'a adopté à l'unanimité. Tous les pays représentés à l’ONU l'ont ainsi reconnu et validé, y compris les trois pays les plus touchés, le Belarus, l'Ukraine et la Russie.

Pourtant, les pathologies observées sur le terrain en Belarus par les medecins de l'Institut Belrad viennent totalement invalider les schémas officiels retenus par les organismes internationaux en charge de la radioprotection. Ces organismes de l'ONU ou affiliés orchestrent en dehors de tout contrôle démocratique le déni sur les effets sanitaires de la radioactivité - jusqu'à prendre en main le contrôle de la radioprotection et de l'information en cas de catastrophe, à travers les programmes Ethos et Core, à Tchernobyl puis Fukushima.

 

La responsabilité des peuples et des institutions internationales

La crise de Tchernobyl révèle la logique de la « protection radiologique internationale » : il s’agit bien de préserver l’avenir de l’énergie atomique en rendant socialement et politiquement acceptables l’exposition aux retombées radioactives et l’ingestion de nourriture contaminée par des radioéléments artificiels. Il faut donc déterminer et faire admettre un compromis entre coût des mesures exceptionnelles à consentir et exposition "tolérable" des groupes humains, maintenus dans des conditions où il est quasi impossible de respecter les limites d’exposition du temps normal.

Ceux qui prétendent protéger l’humanité des radiations ont été les plus ardents promoteurs de l'avènement de l'âge atomique, et s’acharnent aujourd’hui de le pérenniser contre vents et marées. Deux institutions sont illégitimes, moralement parce qu’elles pilotent le déni des séquelles de Tchernobyl et Fukushima, et juridiquement parce qu'elles sont soustraites à tout contrôle de leurs activités : la CIPR et l’UNSCEAR.

Si l'enjeu de sauvegarde de la vie des prochaines générations était clairement posé, l’opinion mondiale sortirait certainement de son aveuglement et exigeait de connaître la vérité. Cela entraînerait de fait une complète remise en question de tous les usages de l'industrie nucléaire, civile et militaire.

 

La Charte fondatrice de l'ONU débute par ces mots : « Nous, peuples des Nations unies, résolus à préserver les générations futures... ». Or il faut bien reconnaître que l'ONU déroge à ses principes pour ce qui est de la protection radiologique des peuples qu'elle est censée représenter.

Les contaminations radiologiques étant transnationales, c'est bien des peuples du monde que doit venir le sursaut. Notre responsabilité est là : reprendre en main le système de radioprotection, ou sacrifier les générations futures.

Michel Lablanquie
d'après les travaux d'Yves Lenoir, Paul Lannoye et Nicole Roelens,
le 16 avril 2018

 

 

Cet article fait suite au travail de l'atelier « Libérer l'ONU du nucléaire » qui s'est tenu lors du Forum Social Mondial Antinucléaire le 3 novembre 2017 à Paris. Un grand nombre de sources, documents et réflexions, réunis et compilés à cette occasion, sont consultables dans notre dossier en ligne :

VOIR LE DOSSIER

Télécharger ce texte

 

notes :

[1] - Ce film, produit par l'association Enfants de Tchernobyl Belarus, expose la réalité de la situation autour de Tchernobyl, à travers le travail des médecins, radiobiologistes et scientifiques de l'Institut Belrad. Voir une présentation ici : http://enfants-tchernobyl-belarus.org.

[2] - Extraits du Bulletin ETB de mars 2018 :
http://enfants-tchernobyl-belarus.org/extra/bulletin/telecharge.php?pdf=mars2018.pdf). ETB
a été fondée en 2001 à la demande du Pr. Vassili Nesterenko pour apporter à BELRAD l'aide financière nécessaire à ses interventions sur le terrain. Vous pouvez contribuer personnellement en faisant régulièrement un don. Le maintien des installations (maison de Belrad, équipements, véhicules etc) et la survie de l'équipe de BELRAD en dépendent.

[3] - Paul Lannoye, FSM-AN, le 3 nov. 2017 : « La radioprotection doit être refondée, ses bases scientifiques sont erronées » : http://lotoisdumonde.fr/initiatives/FSMAN/Lannoye-FSMAN-2017.pdf

[4] - Recommandations 2003 du CERI, Comité européen sur le risque de l'irradiation, Étude des effets sur la santé de l'exposition aux faibles doses de radiation ionisante. Ouvrage dirigé par Chris Busby, avec Rosalie Bertell, Inge Schmitze-Feuerhake, Molly Scott Cato et Alexei Yablokov : http://euradcom.eu/fr/annonce-dune-nouvelle-source-de-recommandations-pour-la-radioprotection/.

[5] - Nicole Roelens, FSM-AN, le 3 nov. 2017 : « Pourquoi les peuples laissent-ils s’accomplir le crime nucléaire contre les prochaines générations ? » : http://lotoisdumonde.fr/initiatives/Roelens.html.

[6] - Ces effets ne peuvent que s'aggraver, comme le souligne Alain Dubois : « Il y a des mutations récessives et des mutations dominantes. Une mutation dominante, ça veut dire que l’enfant qui a reçu cette mutation d’un seul de ses deux parents a le défaut porté par cette mutation. Tandis qu’une mutation récessive, il faut qu’elle existe en double dans son patrimoine génétique pour qu’elle s’exprime, donc il faut qu’il l’ait reçu à la fois du père et de la mère. Or beaucoup de mutations, y compris celles qui sont causées par les radiations, sont récessives, ça veut dire qu’en fait, dans la première génération, elles ne s’expriment pas. Les individus ont l’air normaux mais ils sont porteurs de cette mutation récessive. Quand dans leur descendance, peut-être une, deux, cinq ou cinquante générations plus tard, deux descendants vont se retrouver ensemble, à ce moment là la mutation va s’exprimer, et il n’y a aucune raison qu’elle soit éliminée de la population. Mais ceux qui ne l’ont qu’en un exemplaire, ils vont continuer à le transmettre, à le multiplier, à le diffuser dans la population. C’est pourquoi on parle d’une dégradation de l’ensemble du patrimoine de l’humanité puisque ça se répand. Ça se répand d’autant plus que la population est grande. » (dans le film Mururoa mon amour - à 38 :45 : http://enfants-tchernobyl-belarus.org/doku.php?id=films-interviews-debats#films).

[7] - Cette analyse se recoupe avec celle du peuple Mohawk, dont Raymond Stone Iwaasa, présent à l'atelier du FSM-AN, a pu rapporter la philosophie et le fonctionnement : « Le Conseil Traditionnel Mohawk se concentre sur la protection de la "Mère Terre", puisque la planète est un organisme vivant dont les êtres humains représentent le cerveau et l’esprit sain. Le renforcement et la guérison produits à ces niveaux ne visent pas à réhabiliter les seules femmes Mohawk dans leur rôle et leurs attributions : leurs sœurs citadines aussi. En effet, étant toutes les « gardiennes » primordiales, détentrices des titres de la terre, elles se révèlent aptes à tenir en échec les tendances destructrices des hommes, la suprématie masculine conduisant le plus souvent à une guerre sans fin, qui engloutit les ressources naturelles de la terre ou les organismes vivants (l’eau, l’air, le sol, les minéraux, etc.). Les dispositifs économiques et financiers, l'argent, etc., créent une connexion symbolique, fausse même, entre les êtres humains et la planète, car la nature est soumise à un système qui a été mis en place par les hommes seuls. Qu’ils soient capitalistes, communistes ou autres, ils sont coupés de leur lien de base et de leur responsabilité envers l'environnement, contribuant  ainsi à saccager la force de vie de la planète et notre humanité. Le principe occidental électif, le « democrapitalisme » (democrapitalism), mine toujours les peuples, afin qu’ils deviennent la proie de groupes d'intérêts spécifiques et élitistes. Les gouvernements se contentent de confirmer le leitmotiv de la « machine de guerre » et de son système économique. Ces lois humaines, qui reposent sur la production excessive et le profit, induisent une dynamique artificielle de déséquilibre, telle que les pseudo-pénuries de matières ou les matières synthétiques dangereuses. Elles ont  détérioré la nature elle-même, en particulier ses organes reproducteurs (semences Terminator), tout comme le rôle des femmes, qui est d’assurer l'harmonie sociale et la paix. Lorsqu'il y a oppression des femmes dans une société, une situation d'urgence s'impose à tous. » : « Un équilibre de l’Esprit pour la planète et Mère-Terre. Les leçons des "traditionalistes" Mohawks et vrais êtres » : http://ismenetoussaint.ca/ArticleView.php?article_id=439

[8] - Extraits de l'entretien avec Nicole Roelens dans La Demi-heure radio active, le 14 nov. 2017 : https://youtu.be/7I9mQo0vA5s.

[9] - Yves Lenoir, FSM-AN, le 3 nov. 2017 : « L’ONU et ses organes, des institutions de et pour l’âge atomique » : http://lotoisdumonde.fr/initiatives/index-lenoir.html

[10] - L’Académie des sciences de New-York publiait en 2010 un rapport révélant l’ampleur de la catastrophe en mentionnant le chiffre de près d’un million de morts imputables à Tchernobyl. Ce rapport, établi par Alexey V. Yablokov, Vassili B. Nesterenko, Alexey V. Nesterenk et Natalia E. Preobrajenskayat, traduit par IndependentWho, est à télécharger ici : http://t.ymlp14.com/yjuqazaejuuyanamueaoabhhs/click.php.

 

> Retour