LES UTOPISTES SE METTENT À TABLE - Keystone-France pour Paris-Match

 

À Paris, le 14 août 1948, l'abbé Pierre anime le conseil du Mouvement universel pour une confédération
mondiale en présence de représentants de onze pays, dont les États-Unis, l'Inde et l'Allemagne.
De gauche à droite : Robert Sarrazac, Monica Wingate, Henry Usborne, l'abbé Pierre,
le docteur Nord, Alexandre Marc, Henry Koch, Fronces Josephy, Fred Carney et le docteur Schoeder.

 

RESSOURCES MONDIALISTES

 

L'APPEL DES 13

L'Appel des 13 - signé le 3 mars 1966

LE PACTE DES CITOYENS DU MONDE

Le Pacte des Citoyens du Monde, le 14 avril 1949

L'HOMME DE VITRUVE

L'Homme de Vitruve, modèle
du petit homme des Citoyens du Monde

PEUPLE DU MONDE

Publication insérée dans Combat - n° 1 à 17 (1948-49)

LE FRONT HUMAIN

Le Front Humain des Citoyens du Monde

ROBERT SARRAZAC

À propos de l'Assemblée des peuples, Esprit, fév. 49

ANDRÉ BRETON

Allocution à la 1° réunion du Front Humain (avr. 48)
Un pour tous hormis quelques-uns (nov. 1948)
La Paix par nous-mêmes (déc. 1948)
La Loi des gouvernés (dec. 1948)
Les Surréalistes à Garry Davis (fév. 1949)
Egard (et gare) à la patience (fév. 1949)
Allocution au meting du 30 avril 1949 (inédit)
Discours à la Mutualité (oct. 1949)
Allocution à Cahors (juin 1950)
Saint-Cirq La Popie (sep. 1951)
Démasquez les physiciens, videz les laboratoires (1958)
Breton revient sur le Front Humain (fév. 1961)

ALBERT CAMUS

Éditorial de Combat, le 8 août 1945
Démocratie et dictature internationales (nov. 1946)
Nous sommes avec Davis, Franc-Tireur, nov. 1948
À quoi sert l'ONU ?, Allocution à Pleyel (déc. 1948)
Réponses à l'incrédule, lettre à Mauriac (déc. 1948)
Discours de reception du Nobel (déc. 1957)

ALBERT EINSTEIN

Lettre à Sigmund Freud(juil. 1932)
L'organisation de la Paix
(oct. 1945)
Lettre ouverte à l'AG des Nations Unies
(oct. 1947)

ABBÉ PIERRE

L'engagement mondialiste de l'Abbé Pierre (mars 49)
Donnez la parole à l’humanité !, Vél’ d’Hiv' (9 déc. 1948)
Croyants et incroyants, discours au Congrès
des étudiants fédéralistes mondiaux (août 1949)
Une victoire obtenue par la guerre reste un échec
d’humanité
, sur la guerre du Golfe (jan. 1991)

JEAN ROSTAND

Conf. de presse des Citoyens du Monde (mars 1967)
Comment ne pas être Citoyen du Monde ?,
discours Salle de la Mutualité à Paris (15 nov. 1968)

PIERRE TEILHARD DE CHARDIN

La Planétisation humaine
L'Amour-énergie
Citations

ALBERT JACQUARD

À propos des réfugiés
Fraternité
Fonder un État planétaire. Pourquoi pas ?

EDGAR MORIN

Appel Changeons de voie, changeons de vie(2017)
Éloge de la métamorphose
(2012)
Pour une politique de l'Humanité
(2002)

Enseigner l'identité terrienne (1999)

 

 

EMMANUEL MOUNIER

Et maintenant ?, Esprit, fév. 1949
Les équivoques du pacifisme, Esprit, fév. 1949
Société nationale et internationale, Que-sais-je?, 1949

JEAN XIII

Encyclique Pacem in Terris (avril 1963)

ANDRÉ GIDE

Citations

HANNAH ARENDT

Le déclin de l'État nation et la fin des droits de l'homme

JEAN GIONO

La guerre ne crée que la guerre (1939)

PIERRE BERGÉ

Devant l'abîme (décembre 1948)

BERTRAND RUSSELL

Citations

LORD BOYD ORR

Citations

MARCEL MAUSS

La Nation et l'internationalisme (1920)

CHARLIE CHAPLIN

Discours final, Le Dictateur (1948)
Je me considère comme un citoyen du monde

WINSTON CHURCHILL

Citations

LINUS PAULING

Citations

SHINZO HAMAI

Lettre au Maire de Chamford (1950)

THÉODORE MONOD

Et si l'aventure humaine devait échouer

CHIEF JOSEPH

Nous voulons être comme faisant partie de l'humanité

AMADOU HAMPATÉ BÂ

Nous citoyens du monde

ANATOLE FRANCE

Qu’on le veuille ou non, l’heure est venue ou d’être
citoyen du monde ou de voir périr toute civilisation

EMMANUEL LEVINAS

Une communauté fraternelle (1961)

STEPHEN HAWKING

Nous devons devenir des citoyens du monde
(paroles diffusées lors d'un concert de U2)

ANDRÉ CAYATTE

Avant le Déluge (film de 1954)

HAÏLÉ SÉLASSIÉ

Appel à l’O.N.U. (le 6 octobre 1963)

VICTOR HUGO

Appel au Congrès de la Paix (le 21 août 1849)

L'APPEL DES 13

 

 

3 MARS 1966

 

Déclaration de
13 CITOYENS DU MONDE
de réputation mondiale

 


« En l'absence d'une loi supranationale, les États sont obligés de compter sur la force pour défendre leurs intérêts. Conséquence : la guerre, voulue ou accidentelle, devenant depuis la désintégration de l'atome et le développement des armes bactériologiques, l'absurde "solution finale", le génocide étendu à toute la race humaine.

En l'absence d'institutions mondiales capables d'assurer la satisfaction des besoins fondamentaux communs à tous, la personne humaine est bafouée. Tandis que d'immenses richesses sont gâchées, les deux tiers de l'humanité souffrent de la faim.

Les progrès de la science et de la technique rendent pourtant possible l'organisation d'une communauté mondiale où règneraient la paix et l'abondance, où les libertés fondamentales seraient garanties aux individus, aux peuples, aux nations.

 


Pourquoi n'en est-il pas ainsi ? Parce que les gouvernements, hypnotisés par leur devoir de faire primer les intérêts nationaux de leurs pays, loin d'accepter les transformations nécessaires, entravent même l'action des institutions internationales créées pour défendre la paix universelle et servir l'homme.

Le salut, alors, ne peut venir que du peuple du monde, des individus qui le forment, de chacun de nous.



Le premier acte, simple mais efficace, que nous invitons chacun de vous à accomplir,
comme nous l'avons fait nous-même,


C'EST DE VOUS ENREGISTRER COMME CITOYEN DU MONDE

 

Le second pas que nous ferons ensemble, si vous êtes assez nombreux à répondre à notre appel, sera d'organiser, sur une base transnationale, l'élection de délégués chargés de défendre la cause de l'homme, d'exprimer les revendications du peuple du monde et, finalement, d'élaborer la loi du monde pacifique et civilisé. »

 


Ont signé, le 3 mars 1966 :

Lord BOYD ORR (Grande Bretagne)
Premier directeur de la F.A.O. (1945-1948)
Prix Nobel de la Paix 1949

Josué de CASTRO (Brésil)
Ex-Président du Conseil de la F.A.O.
Fondateur du Centre International de Développement

Danilo DOLCI (Italie)
Pionnier du développement socio-économique de Sicile

Shinzo HAMAI (Japon)
ancien Maire d'Hiroshima

Pr. J-L.HROMADKA (Tchécoslovaquie)
Professeur de théologie
Président de "Christian Peace Conference"

Pr. Alfred KASTLER (France)
Prix Nobel de physique 1966
Membre de l'Institut (Académie des Sciences)

Mme Rajan NEHRU (Inde)

Pr. Linus PAULING (U.S.A.)
Prix Nobel de chimie 1954. Prix Nobel de la Paix 1962

Abbé PIERRE (France)
Fondateur des Communautés d'Emmaüs

Jean ROSTAND (France)
biologiste et écrivain. Membre de l'Académie Française

Lord Bertrand RUSSELL (Grande Bretagne)
Philosophe. Mathématicien. Prix Nobel de Littérature 1949

Pr. Ivan SUPEK (Yougoslavie)
Professeur de philosophie et de Sciences.
Membre de l'Académie des Sciences et des Lettres
Président du mouvement Pugwash yougoslave

Pr. Hans THIRRING (Autriche)
Professeur de physique à l'université de Vienne
Membre de l'Académie des Sciences

Comité de soutien en France :
Guy AURENCHE, Pierre BERGÉ, Édouard BONNEFOUS, Jacques de BOURBON-BUSSET, Jean CARLIER, Jean CHESNEAUX. Bernard CLAVEL, Alain CONNAN, Yves COPPENS, Mylène DEMONGEOT, André DILIGENT, René DUMONT, Jean-Jacques de FÉLICE, Jacques GAILLOT, William GROSSIN, Gaston HAUSTRATE, Albert JACQUARD, Mireille Robert-JOSPIN, Jean-Marie LEHN, Roger LHOMBREAUD, Robert MALLET, Pierre MARTHELOT, Alexandre MINKOWSKI, Théodore MONOD, Jean-Raoul MONTIÈS. Georges MOUSTAKI, Frédéric POTFECHER, Denis ROBERT, Jacques ROBIN, Pierre SAMUEL, Pierre SUDREAU, Jacques TESTART, Roger WINTERHALTER

_________________________________________

L'APPEL DES 13 a été publié dans le journal Le Monde le 3 mars 1966, à titre de publicité.
Cet appel a ensuite été repris gratuitement par une centaine de journaux à travers le monde.

 

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PACTE DES CITOYENS DU MONDE

 

14 AVRIL 1949

Comme futurs Citoyens du Monde,

 

Face aux préparatifs de destruction qui s'organisent sous nos yeux
et devant l'impuissance avouée des États, des Blocs, de l'O.N.U.
à défendre la vie menacée,

Nous déclarons en danger chaque homme,
chaque village, chaque ville, et l'espèce humaine.

Nous déclarons l'humanité entière en état de légitime défense
contre les États souverains, les idéologies et les propagandes
qui prétendraient justifier le recours à la guerre,

Nous déclarons ouverte la crise de régime du monde.

 

Avant qu'il ne soit trop tard :

Nous voulons que naisse une loi commune et un nouveau
POUVOIR FÉDÉRAL MONDIAL chargé de la faire appliquer,

Nous demandons que le peuple du monde, seul souverain dans cette crise, soit démocratiquement consulté et organise lui-même les élections à une ASSEMBLÉE CONSTITUANTE DES PEUPLES en même temps que les premiers SERVICES D'INTÉRET MONDIAL visant à assurer son alimentation, sa sécurité et son information.

Nous donnons aux premiers représentants élus à l'Assemblée des Peuples, la tâche impérative d'organiser une médiation entre les deux blocs mondiaux pour une TRÊVE DE 30 ANS qui permette aux peuples de se ressaisir et de porter au maximum le rendement technique des machines à l'usage des besoins de paix,

 

Convaincus que le temps est venu pour chaque homme d'entrer dans le service actif de l'humanité,

Convaincus que les États n'entendront notre voix que si nous sommes des dizaines de millions rassemblés,

Convaincus que l'humanité ne naîtra que si de l'homme à l'homme une confiance nouvelle naît :

Nous appelons les hommes à de nouveaux héroïsmes pour poser les actes de refus,
de courage et d'espoir dont l'avenir dépend.

Nous appelons la masse du peuple à se mobiliser librement pour la paix
afin de n'être pas mobilisée demain par les États pour leur guerre.

Nous appelons les représentants les plus éminents de la science et de la culture publique
à assumer leurs responsabilités pour que les hommes ne demeurent pas isolés dans la crainte.

 

Nous opposons aux Pactes des États ce Pacte des hommes.

Nous entendons nous dénombrer à travers les frontières
en recevant la carte commune à tous les citoyens du monde.

Nous demeurerons vigilants et actifs jusqu'à ce que le Peuple Mondial rassemblé
ait donné une Constitution au monde.

 

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LE PETIT HOMME

 


 

L’emblème des Citoyens du Monde,
le petit homme au centre d'un cercle représentant la Terre, est une
référence directe à « l’Homme
de Vitruve » de Léonard de Vinci
- symbole de l'humanisme.

Il reprend ses valeurs : l’homme conçu selon des proportions mathématiques, faisant l'union entre le ciel (cercle) et la terre (carrée), et considéré comme le centre de l’univers.

 

Étude des proportions du corps humain selon Vitruve, Léonard de Vinci aux alentours de 1492.

 

 

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PEUPLE DU MONDE

 

Le 25 décembre 1948, le journal Combat hébergait dans ses pages le premier n° de Peuple du Monde.

Cette publication réalisée par le Centre de Recherche et d'Expression mondialiste est présentée comme premier essai d'une page internationale destinée à paraître deux fois par mois dans plusieurs pays, une « tentative pour créer une tribune de la conscience mondiale, où seront abordés les nouveaux problèmes communs à tous les hommes ».

Combat abritera ainsi, pendant une année, les deux pages bimensuelles de Peuple du Monde. Le n° 17 du 15 novembre 1949, qui comportait exceptionnellement 4 pages, fut le dernier numéro hébergé par Combat.

Peuple du Monde vivra encore cinq autres numéros, dans des difficultés croissantes et une toujours moindre diffusion, et la publication mondialiste s'arrêtera en février 1951, avec son n° 22.

 

Nous proposons ci-dessous les fac-similés de tous les numéros de Peuple du Monde parus dans Combat.
(Source gallica.bnf.fr / BnF - conditions d'utilisation)

 

Peuple du Monde n° 1 (25 décembre 1948)

Peuple du Monde n° 2 (15 janvier 1949)

Peuple du Monde n° 3 (5 février 1949)

Peuple du Monde n° 4 (19 février 1949)

Peuple du Monde n° 5 (5 mars 1949)

Peuple du Monde n° 6 (19 mars 1949)

Peuple du Monde n° 7 (16 avril 1949)

Peuple du Monde n° 8 (7 mai 1949)

Peuple du Monde n° 9 (21 mai 1949)

Peuple du Monde n° 10 (4 juin 1949)

Peuple du Monde n° 11 (18 juin 1949)

Peuple du Monde n° 12 (2 juillet 1949)

Peuple du Monde n° 13 (16-17 juillet 1949)

Peuple du Monde n° 14 (22 septembre 1949)

Peuple du Monde n° 15 (6 octobre 1949)

Peuple du Monde n° 16 (20 octobre 1949)

Peuple du Monde n° 17 (15 novembre 1949)

________________________

Ensemble des n° (1 à 17) de Peuple du Monde
parus dans Combat (déc. 1948 / nov. 1949)

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LE FRONT HUMAIN

 

En février 46, Robert Sarrazac crée avec le Père mariste Paul Montuclard et Jehanne Allemand-Martin, sa future épouse, le « Centre de Recherches et d’Expression Mondialiste » et un réseau d’une vingtaine d’intellectuels, écrivains, ou artistes, « Le Front Humain des Citoyens du Monde », réseau dont font partie certains « enfants de Périclès ».

Dès lors, de nombreux travaux et séminaires consacrés à l’étude prévisionnelle du processus de mondialisation inéluctable s'enchaîneront jusqu’en 1948 avec la sympathie et l’appui d'Emmanuel Mounier, Vercors, André Breton, Francis Perrin, Pierre Teilhard de Chardin et Albert Camus.

La "Tribune pour une constituante mondiale"
ci-contre date de décembre 1947

 

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ROBERT SARRAZAC

 

 

Le 22 octobre 1948, Robert Sarrazac rassemble un Conseil de solidarité à Garry Davis, dont font partie l’Abbé Pierre, Albert Camus, André Breton, André Gide, Vercors, Jean Paulhan, Raymond Queneau, Emmanuel Mounier, Richard Wright, le pasteur Roser, Magdeleine Paz, ainsi que George Altman, Jehanne Allemand-Martin, Claude Aveline, Claude Bourdet, Camille Drevet, le Professeur Pierre Girard, Louise Guieysse, Jean Hélion, Kobloth-Decroix, Jean Maigne, Paul Montuclard, Louis Martin Chauffier, Louis Rosen et Robert Robin...

Le 19 novembre 1948, il intervient avec Garry Davis en pleine séance de l'Assemblée générale de l'ONU pour déclamer l'Appel des peuples à un gouvernement mondial, dont Albert Camus est sans doute l'un des principal contributeurs.

En 1949, il conçoit le projet de mondialisation des communes et des territoires, dont Cahors fut l'initiatrice, et qui se poursuit encore de nos jours.

 


Robert Sarrazac interrompt la scéance de l'ONU, le 19 nov. 1948

 

 

« À propos de
l'Assemblée des peuples
»

« Au cours de l'interruption de la séance de l'O.N.U. le 19 novembre 1948, et dans les manifestations qui l'ont suivie, Garry Davis et ses camarades ont posé à l'Assemblée Générale des Nations Unies et devant l'opinion publique le problème des élections à une Assemblée Mondiale des Peuples, directement élue, non seulement pour exprimer la volonté de paix des masses mondiales, mais pour donner corps et puissance à la souveraineté mondiale dont elles sont en fait seules détentrices. (...) »

Robert Sarrazac, Esprit, février 1949

Télécharger ce texte


 

« Garry Davis et ses camarades ne recrutent pas de membres. Ils ne sont pas un mouvement et ne veulent pas en former un. […] Si nous nous occupons actuellement à ébranler l’opinion internationale, c’est uniquement pour parvenir soit directement, soit par le canal des organisations apolitiques qui l’encadrent à toucher personnellement chaque homme et chaque femme pour l’inviter à dire non à la guerre des États et faire deux gestes simples :

1) S’enregistrer comme citoyen du monde ;

2) Voter pour désigner son représentant à l’Assemblée des peuples.

Robert Sarrazac, « Ni mouvement ni doctrine », Peuple du Monde, n° 2, 15-16 janvier 1949.

 

 

Robert Soulage, dit Sarrazac, ne fut pas seulement un des héros aujourd'hui oubliés ou ignorés de notre Résistance. Près de Garry Davis, fondateur des Citoyens du Monde, il fut à l'origine de cette grande initiative d’humanisme planétaire qui, bien qu'encore aujourd'hui à ses commencements, porte en elle le seul avenir de progrès pour notre planète.

Ce profond pacifique, pacifiste avant la guerre, devenu résistant absolu au nazisme durant la guerre, redevint pacifiste d'un type nouveau, prêcheur de la paix sur terre pour unir les humains séparés en citoyens du monde.

Edgar Morin
extrait de la préface au livre de F. et R. Bréchon, Éd. Chapitre.com, 2015
« Sarrazac, Héros de la Résistance, Citoyen du monde »

 

Extrait du chapitre « La Mondialisation des communes » :

Depuis qu’il avait lu, dans les années trente, Le meilleur des Mondes d'Aldous Huxley, Robert Sarrazac demeurait « hanté par l’interrogation d'un pouvoir mondial qui serait tout puissant, sans adversaire armé, dessinant la perspective de la pire des tyrannies contre laquelle il n'y aurait plus de recours. » Lui apparaissait dès lors la « responsabilité demain d’éclairer l’opinion mondiale naissante sur la nécessité de définir les moyens de contrôle à exercer sur le futur pouvoir mondial avant qu’il ne s’instaure ».

La mondialisation des communes est sans doute l’idée de Sarrazac la plus originale, peut-être la plus folle et en même temps la plus réaliste : celle de tout reprendre par le commencement, au niveau le plus élémentaire de l’institution sociale, la commune, la ville, le village. Il invente le mondialisme municipal :

« Toute commune fait cohabiter sur son territoire des tempéraments, des croyances, des choix politiques divers et opposés. Son conseil municipal veille à ce que l’ordre, les arrêtés préfectoraux et municipaux soient respectés. C’est pourquoi toute commune est une autorité morale indiscutable qui s’impose au respect de tous. Elle a un « poids social » que n'ont pas les individus. Et si, par exemple, elle se déclare « territoire mondial », si elle demande à participer à des élections mondiales pour faire naître un pouvoir protecteur mondial, elle est considérée avec respect et nullement ridiculisée. C’est à partir de cette optique du territoire mondial et de la jonction directe des communes avec le devenir du monde, que quelque chose de nouveau, de fort, de calme et de tranquillement irrésistible au fil du temps m’apparait possible : Sans interférer en rien dans les fonctions et les jeux habituels des États, les communes - et d’abord les villes - délibérant en commun en nombre toujours croissant sur la gravité des nouveaux problèmes mondiaux sans solution, pourraient apporter une contribution inédite à leur solution. Et avec la certitude qu’elles seraient au moins écoutées avec respect. »

 

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Robert Sarrazac revenait sur son expérience dans un entretien réalisé à l'occasion
du 50° anniversaire de la mondialisation de Cahors.
(brochure éditée par la municipalité de Cahors en 2000) :

 

« (...) J'étais et je reste convaincu de la nécessité de mondialiser les communes. La cellule de base de la vie civilisée a toujours été le village, la ville, hier à travers le Conseil des Anciens, aujourd'hui le Conseil Municipal. (...)

Toute commune fait cohabiter sur son territoire des tempéraments, des croyances, des choix politiques divers et opposés. Toute commune est donc une autorité morale indiscutable. Elle a un poids social que n'ont pas les individus. Aussi, elles peuvent se déclarer "Territoire Mondial", participer à des élections mondiales pour faire naître un pouvoir protecteur mondial...

Sans interférer en rien dans les fonctions et les jeux habituels des États, les communes délibérant en commun en nombre toujours croissant, sur la gravité des nouveaux problèmes mondiaux sans solution, pourraient apporter une contribution inédite à leur solution.
Et avec la certitude qu'elles seraient au moins écoutées avec respect (...) »
.

Lire cet entretien

 

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ANDRÉ BRETON

 

André Breton citoyen du monde
(19 février 1896 / 28 septembre 1966
)

 

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« Allocution à la première
réunion du Front Humain »

(30 avril 1948)

(...) « L’antagonisme des gouvernants et des gouvernés est à son comble. Il y a plus de soixante ans que cet antagonisme a été dénoncé dans un ouvrage (...) - citant ces lignes déjà lumineuses du Contrat social : « La Souveraineté (du peuple) ne peut pas être représentée parce qu’elle ne peut pas être aliénée. Elle consiste essentiellement dans la volonté générale, et cette volonté ne se représente pas » - ajoute que la loi politique des gouvernants, loi héritée d’Aristote et qui ne saurait outrepasser le délibératif, le judiciaire et l’exécutif, doit, sous peine de mortelle incohérence, présupposer une loi sociale des gouvernés, leur conférant et à eux seuls les pouvoirs enseignant, juridique et économique - et qu’une telle loi des gouvernés est seule capable de prédéterminer scientifiquement la loi des gouvernants.

L’extension de cette idée au plan international, avec les quelques corrections qui s’imposent, suffirait à jeter les bases de cette Constituante mondiale dont le projet a été conçu par nos amis de Front humain et à poser la première pierre des États-Unis du monde. » (...)

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« Un pour tous hormis quelques-uns »

André Breton, Combat, 20-21 novembre 1948

(...) « En dépit des moyens illimités dont elle dispose pour imposer son jeu et réduire ce qui pourrait y mettre obstacle, l’O.N.U. qui siège au palais de Chaillot passe très généralement pour le prototype de ces organisations routinières et génératrices de malédiction dont l’œuvre prophétique de Kafka s’est appliquée à nous faire faire le tour. À l’enseigne de la bonne volonté - notoirement insuffisante et d’ailleurs plus que suspecte - l’O.N.U., qui prétend travailler à l’organisation du monde, se présente comme une assemblée fermée de fonctionnaires ayant mission de tout sacrifier à des intérêts « nationaux » alors même que le concept de nation a perdu toute validité historique. (...)

Comme dans toutes les conjonctures désespérées de l’histoire, il fallait et il suffisait momentanément qu’un homme se levât pour tout remettre en cause et sommer le monde de se reconnaître. Cet homme existe : il a nom Garry Davis. » (...)

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« La paix par nous-mêmes »

Franc-tireur, 9 décembre 1948,
Texte rédigé après le meeting du 3 décembre à la salle Pleyel, où Breton a pris la parole.

 

« (...) Les frontières non seulement entre les pays mais encore entre les modes de pensée traditionnels qui dressent les hommes les uns contre les autres, continuent à être bien défendues. Elles mobilisent à chaque seconde, pour leur maintien, toutes les forces routinières qui sont dans l’homme, alimentent un instinct de conservation à très court terme, à la fois des plus obstinés et des plus périlleux (voué qu’il est, un peu plus loin, à se confondre avec l’instinct de mort). Ainsi se trouve sauvegardé, contre notre intérêt à tous, celui d’un certain nombre d’individus en place - je le répète de gauche comme de droite - ayant du moins ceci de commun : qu’ils savent qu’ils auraient personnellement tout à perdre à la réorganisation de l’humanité sur une base organique. (...)

Ce qui peut être jugé une fois pour toutes, et condamné, c’est le vice rédhibitoire de constitution de la société humaine, jusqu’à ce jour, qui entretient la croyance fataliste à l’inévitabilité de la guerre. Le mal, qui prolifère sans cesse, et couve aujourd’hui notre anéantissement général, réside dans le compartimentage de la guerre par nations et empires plus ou moins déguisés, de leur intérieur à qui mieux mieux exaltés les uns contre les autres et d’autant plus jaloux - à la folie - de leurs prérogatives anciennes ou de très fraîche date, que le progrès technique en rend le maintien de jour en jour plus illusoire. C’est ce nationalisme ivre et encore avide de sang qu’aujourd’hui nous devons juguler où qu’il se trouve, c’est cet impérialisme rival du Coca-Cola et du marxisme dénaturé que nous devons, par les voies les plus promptes, mettre hors d’état de consommer le sacrifice de nos vies. (...) s

Divers symptômes récents nous autorisent à croire que (...) s’opère contre les gouvernements locaux et leur appareil néfaste un réveil de la conscience des gouvernés. C’est de ceux-ci, d’eux seuls, qu’il faut attendre le mouvement de toute salubrité, mouvement partant, non des sommets mais de la base, qui doit conduire à la Fédération internationale des peuples. Il ne s’agit plus ici de prise de pouvoir par une immense majorité opprimée mais des renversements des divers pouvoirs dont, disait encore Fourier, « la cohue s’arrache le lambeaux du cadavre civilisé », de leur résorption en un seul, étendu au plan mondial et dont l’autorité ne devra s’établir qu’en partage avec des pouvoirs à créer de gestion et de répartition des ressources naturelles et industrielles, de nature à répondre des améliorations économiques qui constituent la seule source inépuisable de bien social. »

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« La Loi des gouvernés »

(La Patrie Mondiale n° 1, décembre 1948)
Extrait du discours prononcé par Breton au Vélodrome d’Hiver, le 9 décembre 1948

« Inutile de dire que je ne suis pas de ceux qui attendaient, pour se faire un siège, de savoir ce que serait, à supposer qu’elle soit, la réponse de l’O.N.U. aux questions posées par Garry Davis, en quels termes précis ou dilatoires elle serait formulée, à quelle heure protocolaire ou non elle parviendrait, etc. Entre l’O.N.U. et le PEUPLE de Paris, comme d’ailleurs, il y a beau temps que les relations ne sont plus affaire de courtoisie, ayant été d’emblée de nature à inspirer de part et d’autre la plus complète et la plus justifiée méfiance. À l’heure où ces messieurs s’apprêtent à faire leurs bagages, nous les dispensons de toute carte de visite cornée à notre domicile commun. (...)

Par-dessus elle, par-dessus la lutte des nationalismes et des impérialismes qu’elle consacre et qu’elle attise, c’est à nous de donner corps à la LOI SOCIALE DES GOUVERNÉS, dont le point de départ est dans les syndicats - loi sociale qui doit à tout prix se subordonner la loi politique et promouvoir la ligue fédérale du globe, seule capable d’amener la pacification universelle. » (...)

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Les Surréalistes à Garry Davis

André Breton, Paris, février 1949

 

« Cher Concitoyen,

Nous avons entendu votre appel. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour que cet appel parvienne jusqu’à nos amis, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ces frontières que nous n’avons cessé de nier. Dans la mesure où nous nous sentons citoyens, il va sans dire que nous voulons être citoyens du monde, et nous demandons ici notre inscription sur le registre qui consacrera enfin un état de fait qui fut toujours pour nous un état d’esprit. Nous entendons ainsi défendre de la façon la plus formelle notre droit naturel à la vie, le nôtre et celui de ceux que nous aimons.

Or, ce droit est mis en péril à chaque seconde par ces mêmes nationalismes que nous avons toujours vomis, et dont nous avons dénoncé l’abjection meurtrière en toute circonstance. Il va donc sans dire que, lorsque les événements l’exigeront, nous sommes prêts par-delà votre appel à faire bon marché, au profit de la citoyenneté mondiale, de notre citoyenneté nationale, où nous avons toujours vu une contrainte dont nous sommes encombrés bien malgré nous depuis le jour de notre naissance et que nous avons toujours appréciée publiquement à sa juste valeur. (...)

Car nous nous devons de vous le signaler : aux raisons évidentes pour tous qui motivent notre décision d’être dénombrés parmi les citoyens du monde s’ajoutent les raisons mêmes qui ont conditionné jusqu’ici notre activité collective, et dont relève la présente démarche. Elle s’inscrit tout naturellement dans notre effort continu pour dissiper les diversités funestes qui opposent l’homme à lui-même. En dépit de toutes les mauvaises volontés intéressées, elles ne sont pas pour nous un obstacle valable, ni qui doive être éternel. » (...)

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« Egard [et gare] à la patience »

Peuple du Monde, 5 février 1949

« (...) Les nécessités d’un travail d’organisation de l’envergure de celui qui s’impose à Garry Davis et à ses camarades sont, pour peu qu’on veuille y réfléchir, d’un ordre si complexe que ceux qui jugent ce travail de l’extérieur ne peuvent raisonnablement s’attendre à le voir s’accomplir en un tournemain. Songeons qu’il y va d’une des entreprises les plus ambitieuses qui aient jamais été conçues. Son urgence même et l’aspect exaltant qu’elle revêtira encore ne doivent pas faire perdre de vue l’étendue des moyens qu’il lui faut mettre en œuvre pour atteindre, et cela graduellement, les objectifs qu’elle s’est fixés. Beaucoup de ceux qui se sont portés du plus grand élan vers notre cause ont tendance à sous-estimer les tâches préparatoires, pratiques, plus ou moins obscures, de plus ou moins longue haleine, qui, ici comme ailleurs, peuvent seules conditionner le succès. C’est plus spécialement le cas de la jeunesse, dont il va sans dire que le soutien, l’apport nous sont les plus précieux. Je crois, en cette circonstance, devoir la mettre en garde contre un besoin de précipitation assurément très excusable de sa part, mais qui nous vouerait à la velléité.

Chacun de nous doit comprendre que dans le champ que nous nous sommes donné, l’action que l’on continue à exiger de nous ne doit pas être confondue avec la série de gestes symboliques et publics qui ont frappé l’esprit collectif. Ces gestes ne font en effet que la cristalliser. Ne vouloir retenir qu’eux et les sommer de se multiplier toujours à plus vive cadence est contrevenir au principe même de leur génération. » (...)

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« Allocution au meeting du 30 avril 1949 »

Ce discours écrit pour le meeting du Rassemblement démocratique révolutionnaire (RDR) qui se tenait
le 30 avril 1949 - Journée internationale de résistance à la dictature et à la guerre - n’a pas pu être prononcé

(...) « Ce qui me paraît avant tout justifier l’intervention de l’écrivain à cette tribune, c’est que, quelles que soient ses tendances spécifiques, il assume une charge dont il ne peut se démettre sans disqualification totale : celle de gardien du vocabulaire. C’est à lui de veiller à ce que le sens des mots ne se corrompe pas, de dénoncer impitoyablement ceux qui de nos jours font profession de le fausser, de s’élever avec force contre le monstrueux abus de confiance que constitue la propagande d’une certaine presse.

Qui ne voit, plus clairement aujourd’hui que jamais, que c’est de cette altération profonde – qui est intentionnée par certains – du sens de certains mots clés, que nous mourons par anticipation, qui ne voit que c’est en subissant passivement cette altération que nous nous laissons tout doucement porter à la guerre d’extermination qu’on nous prépare ?

Ces mots clés, sur lesquels s’exerce une savante désintégration, sont de nos jours sur toutes les lèvres : ce sont des mots comme démocratie, comme socialisme, comme liberté, comme conscience humaine. Le dernier à avoir été cyniquement détourné de son acception courante jusqu’à l’exposer à perdre tout sens pour l’homme de la rue, c’est le mot paix. » (...)

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« Discours au meeting anarchiste de la Mutualité »

André Breton, 13 octobre 1949

 

(...) « Les temps que nous vivons ont, au moins, ceci de bon que les grandes infortunes et les grands maux qui se sont abattus sur nous ou nous menacent sont aussi ceux qui appellent les grands remèdes. Ces grands remèdes, il faut avouer que nous ne les tenons pas, tout au moins qu’il nous reste à les expérimenter. Le crime serait de douter d’eux par avance et le malheur définitif de continuer à leur préférer le petits remèdes plus ou moins inopérants, ceux qu’on a pris l’habitude d’administrer – quoique sans succès – à un organisme incomparablement moins malade qu’il ne l’est aujourd’hui.

À mon sens, le seul grand remède qui ait été proposé jusqu’à ce jour, le seul qui, en ampleur, soit proportionné à l’étendue et à l’aggravation ultra-rapide du mal actuel, tient dans le programme du mouvement Citoyen du monde, dont les bases ont été posées dès 1947 dans des publications portant le titre Front humain, et dont les thèses se sont élaborées sous les auspices du Centre de recherches et d’expression mondialistes, prenant aujourd’hui pour organe la page bimensuelle insérée dans Combat sous le titre : « Peuple du monde ».

Je rappelle que ce mouvement s’est donné pour objectif d’unifier le monde à la faveur d’une irrésistible poussée populaire qui fasse éclater le cadre des frontières nationales. » (...)

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« Allocution à Cahors »

André Breton, le 25 juin 1950

 

« Être venu de Paris à Cahors, c'est bien autre chose que de s’être déplacé de quelques centaines de kilomètres dans l'espace, c'est être passé d'une sorte de temps maudit – maudit parce qu'il n'est plus aucunement sûr de comporter d'avenir – à un temps, sinon régénéré, du moins qui porte en lui le germe bien vivant de sa régénération. C'est ici, en effet, que ce germe, qui avait pris naissance il y a trois ans dans l'esprit de quelques hommes, a trouvé le sol approprié à sa croissance. (...)

Au département du Lot revient l'honneur d'avoir donné l'exemple.

Tous ceux qui sont capables de s'élever au-dessus du fatalisme et que n'aveuglent pas les passions partisanes, lorsqu'ils inspectent en eux-mêmes la carte du monde, ne peuvent manquer d'y voir apparaître le Lot comme un point sans doute infime, mais du moins intensément lumineux. (...) »

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1954 - André Breton avec Max Ernst devant l'une des bornes
de la Route mondiale, la « seule route de l’espoir ».

André Breton

« C’est au terme de la promenade en voiture qui consacrait, en juin 1950, l’ouverture de la première route mondiale - seule route de l’espoir - que Saint-Cirq embrasée aux feux de Bengale m’est apparue - comme une rose impossible dans la nuit.

Cela dut tenir du coup de foudre si je songe que le matin suivant je revenais, dans la tentation de me poser au cœur de cette fleur : merveille, elle avait cessée de flamber, mais restait intacte. Par-delà bien d’autres sites - d’Amérique, d’Europe - Saint-Cirq a disposé sur moi du seul enchantement : celui qui fixe à tout jamais. J’ai cessé de me désirer ailleurs.

Je crois que le secret de sa poésie s’apparente à celui de certaines Illuminations de Rimbaud, qu’il est le produit du plus rare équilibre dans la plus parfaite dénivellation des plans. L’énumération de ses autres ressources est très loin d’épuiser ce secret...

Chaque jour, au réveil, il me semble ouvrir la fenêtre sur les Très Riches Heures, non seulement de l’Art, mais de la Nature et de la Vie. »,

« Saint-Cirq La Popie », le 3 septembre 1951

 

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« Démasquez les physiciens, videz les laboratoires »

Tract du Comité de Lutte Anti-Nucléaire, Paris, 18 février 1958
signè par André Breton et par d'autres surréalistes

 

« Voici l’espèce humaine vouée à la destruction complète, que ce soit par l’emploi cynique des bombes nucléaires, fussent-elles “propres” (!), ou par les ravages dus aux déchets qui, en attendant, polluent de manière imprévisible le conditionnement atmosphérique et biologique de l’espèce (...).

La pensée révolutionnaire voit les conditions élémentaires de son activité réduite à une marge telle qu’elle doit se retremper à ses sources de révolte, et, en deçà d’un monde qui ne sait plus nourrir que son propre cancer, retrouver les chances inconnues de la fureur. » (...)

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André Breton revient
sur le Front Humain des Citoyens du Monde, sur l'épisode Garry Davis et sur
la mondialisation des communes, dans son atelier à Paris, le 27 février 1961

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ALBERT CAMUS

 

Albert Camus citoyen du monde
(7 novembre 1913 / 4 janvier 1960)

 

Éditorial de Combat

le 8 août 1945, deux jours après le
bombardement atomique d'Hiroshima,
et la veille de celui de Nagasaki

 

« Devant les perspectives terrifiantes qui s'ouvrent à l'humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille la peine d'être mené.

Ce n'est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l'ordre de choisir définitivement entre l'enfer et la raison ».

 

« Le monde est ce qu'il est, c'est-à-dire peu de chose. C'est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d'information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique.

On nous apprend, en effet, au milieu d'une foule de commentaires enthousiastes, que n'importe quelle ville d'importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d'un ballon de football.

Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l'avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique.

Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie.

Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l'utilisation intelligente des conquêtes scientifiques. »

 

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« Démocratie et dictature internationales »

Albert Camus
Article de la série "Ni victimes ni bourreaux" paru dans Combat, le 26 nov. 1946

 

(...) « Qu’est-ce que la démocratie nationale ou internationale ? C’est une forme de société où la loi est au-dessus des gouvernants, cette loi étant l’expression de la volonté de tous, représenté par un corps législatif. Est-ce là ce qu’on essaie de fonder aujourd’hui ? On nous prépare, en effet, une loi internationale. Mais cette loi est faite ou défaite par des gouvernements, c’est-à-dire par l’exécutif. Nous sommes donc en régime de dictature internationale.

La seule façon d’en sortir est de mettre la loi internationale au-dessus des gouvernements, donc de faire cette loi, donc de disposer d’un parlement, donc de constituer ce parlement au moyen d’élections mondiales auxquelles participeront tous les peuples. Et puisque nous n’avons pas ce parlement, le seul moyen est de résister à cette dictature internationale sur un plan international et selon des moyens qui ne contrediront pas la fin poursuivie. »

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« L'Organisation des Nations Unies s’est engagée dans une attitude dont la logique la mène à l’arrestation d’hommes qui se réclament de la paix mondiale. Assemblée de la paix, elle poursuit un homme qui lutte contre la guerre parce qu’il l’a connue ailleurs que dans le beau silence des bureaux.


Pendant ce temps, les gouvernements représentés dans ce curieux organisme versent à leurs budgets de guerre des milliards qu’ils enlèvent à la production et aux salaires.

C’est en ce sens que le geste de Davis me paraît de ceux qu’il faut soutenir. S’il est spectaculaire, comme le dit notre grande presse (dont tout le monde sait qu’elle s’est fait une spécialité de la décence), c’est que le bon sens est aujourd’hui spectaculaire. Et ce n’est pas à Davis qu’il faut le reprocher, mais à l’ONU elle-même dont Davis, par contraste, fait éclater les contradictions. »

 

« Nous sommes avec Davis »,
Albert Camus, Franc-Tireur, 20-21 novembre 1948

 

« À quoi sert l'ONU ? »

Albert Camus, Allocution prononcée à la Salle Pleyel, le 3 déc. 1948
parue dans Combat, le 9 déc. 1948

 

« (...) je poserai, pour finir, une question à nos contradicteurs. C’est bien mon tour. Sont-ils sûrs, dans le fond de leur coeur, que la conviction politique ou la doctrine qui les anime est assez infaillible pour qu’ils rejettent sans y réfléchir les avertissements de ceux qui leur rappellent le malheur de millions de créatures, le cri de l’innocence, le bonheur le plus simple, et qui leur demandent de mettre ces pauvres vérités en balance avec leurs espérances même légitimes. Sont-ils sûrs d’avoir suffisamment raison pour risquer ne fût-ce qu’une chance sur mille de rapprocher encore le danger de la guerre atomique. Oui, sont-ils si sûrs d’eux-mêmes, et si prodigieusement infaillibles qu’il leur faille passer sur tout, c’est une question que nous leur posons, qui leur a déjà été posée et dont nous attendons toujours qu’ils y répondent. »

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« Réponses à l'incrédule »

Albert Camus à François Mauriac
Article paru dans Combat, le 25 déc. 1948

 

« Arrivés ici, trouvez-vous toujours utile de charger de vos dédains des hommes qui essaient de découvrir les deux ou trois chances qui permettraient de sauver en même temps la paix et la liberté, et qui cherchent encore à réfléchir ? Car il ne s’agit de rien d’autre. Vous pouvez moquer le grain de sel que Davis cherche à mettre sur la queue de la colombe. Il y a évidemment une façon de s’emparer de la colombe de la paix sans se donner le ridicule du grain de sel, c’est de la foudroyer à bout portant.

Cette méthode rigoureusement efficace est sans aucun doute de celles dont Davis ne veut pas. Il s’est refusé à choisir la belle rigueur des machines à tuer et s’est contenté pour le moment de mettre en lumière le mensonge et l’absurdité de notre société internationale. Les rêves que vous ou d’autres lui prêtez vous ne les avez sûrement pas trouvés dans ce qu’il dit ou fait. Vous avez été mal informé, ce qui arrive à tout journaliste. » (...)

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Discours de réception du Nobel de littérature

Albert Camus
Stockholm, le 10 déc. 1957

 

« Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. Héritière d’une histoire corrompue où se mêlent les révolutions déchues, les techniques devenues folles, les dieux morts et les idéologies exténuées, où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd’hui tout détruire mais ne savent plus convaincre, où l’intelligence s’est abaissée jusqu’à se faire la servante de la haine et de l’oppression, cette génération a dû, en elle-même et autour d’elle, restaurer, à partir de ses seules négations, un peu de ce qui fait la dignité de vivre et de mourir.

Devant un monde menacé de désintégration, où nos grands inquisiteurs risquent d’établir pour toujours les royaumes de la mort, elle sait qu’elle devrait, dans une sorte de course folle contre la montre, restaurer entre les nations une paix qui ne soit pas celle de la servitude, réconcilier à nouveau travail et culture, et refaire avec tous les hommes une arche d’alliance. Il n’est pas sûr qu’elle puisse jamais accomplir cette tâche immense, mais il est sûr que partout dans le monde, elle tient déjà son double pari de vérité et de liberté, et, à l’occasion, sait mourir sans haine pour lui. C’est elle qui mérite d’être saluée et encouragée partout où elle se trouve, et surtout là où elle se sacrifie. C’est sur elle, en tout cas, que, certain de votre accord profond, je voudrais reporter l’honneur que vous venez de me faire. » (...)

 

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ALBERT EINSTEIN

 

Albert Einstein citoyen du monde
(14 mars 1879 / 18 avril 1955)


Albert Einstein en 1947

« Je m'empresse d'exprimer au vétéran de guerre Davis ma reconnaissance pour les sacrifices qu'il a accomplis pour le bien-être de l'Humanité.

En renonçant volontairement à sa citoyenneté, il s'est positionné comme apatride pour pouvoir lutter pour les droits naturels de ceux qui sont laissés-pour-compte qui témoignent du déclin moral de notre époque ». (1950)

 

Einstein fut un combattant infatigable de la paix.
Il eut toujours clairement conscience que la paix et la souveraineté nationale sont deux notions antinomiques et qu’une lutte pour la paix ne peut réussir sans un changement culturel radical. Il écrivait le 23 mai 1946, dans un télégramme envoyé à plusieurs centaines d’américains éminents, faisant appel à des contributions pour le compte de l’Emergency Commitee of Atomic scientists : « Le pouvoir débridé de l’atome a tout modifié sauf nos modes de pensée, et c’est pourquoi nous dérivons vers une catastrophe sans précédent ». 

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Les causes des guerres et les moyens d’y remédier

Correspondance entre Albert Einstein et Sigmund Freud, Potsdam, le 30 juillet 1932

 

« Monsieur et Cher Ami,

Je suis heureux qu’en m’invitant à un libre échange de vues avec une personne de mon choix sur un sujet désigné à mon gré, la Société des Nations et son Institut international de Coopération intellectuelle à Paris m’aient, en quelque sorte, donné l’occasion précieuse de m’entretenir avec vous d’une question qui, en l’état présent des choses, m’apparaît comme la plus importante dans l’ordre de la civilisation : existe-t-il un moyen d’affranchir les hommes de la menace de la guerre ? » (...)

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L’organisation de la paix

Lettre au rédacteur du New York Times, le 10 octobre 1945

 

« La première bombe atomique a fait plus que de détruire la ville d’Hiroshima. Elle a fait également exploser nos idées politiques traditionnelles et démodées.Quelques jours avant que la force de la nature ne soit essayée pour la première fois de l’histoire, la Charte de San Francisco fut ratifiée à Washington. Le rêve d’une Société des Nations était accepté par le Sénat au bout de vingt-six ans.

Combien de temps durera la « Charte » des Nations unies. Avec un peu de chance une génération ? un siècle ? Il n’y a personne qui ne souhaite au moins cette chance pour la Charte, pour lui-même, pour son travail et pour les enfants de ses enfants. Mais suffit-il d’avoir la paix grâce à la chance ? La paix par la loi, c’est ce que les peuples du monde, en commençant par nous-mêmes, peuvent avoir s’ils le veulent. Et c’est maintenant le moment de l’avoir. » (...)

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Il n'y a pas d'autorité supranationale
suffisante et en qui on puisse avoir confiance.

Lettre ouverte à l'Assemblée générale des Nations Unies, New York, octobre 1947

 

« Il ne pourra jamais y avoir accord total sur le contrôle international et l’administration de l’énergie atomique, ou sur le désarmement général tant qu’il n’y aura pas de modification du concept traditionnel de souveraineté nationale. Car, tant que l’énergie et les armements atomiques seront considérés comme une partie vitale de la sécurité nationale, aucune nation ne fera plus que d’accorder une attention formelle aux traités internationaux.

La sécurité est indivisible. Elle ne peut être atteinte que lorsque les garanties nécessaires de la loi et d’application de la loi existent partout, si bien que la sécurité militaire n’est plus le problème d’un Etat seul. Il n’y a pas de compromis possible entre la préparation à la guerre d’une part et la préparation d’une société mondiale fondée sur la loi et l’ordre d’autre part.(...)

Nous sommes pris dans une situation dans laquelle chaque citoyen de chaque pays, ses enfants et le travail de toute sa vie sont menacés par l’insécurité terrible qui règne dans notre monde aujourd’hui. Le progrès du développement technologique n’a pas accru la stabilité et le bien-être de l’humanité. A cause de notre incapacité à résoudre le problème de l’organisation internationale, ce progrès a en réalité contribué aux dangers qui menacent la paix et l’existence même de l’humanité.

Les délégués de cinquante-cinq gouvernements réunis dans la seconde assemblée générale des Nations unies, se rendraient compte sans aucun doute du fait que dans les deux dernières années — depuis la victoire sur les puissances de l’Axe — aucun progrès appréciable n’a été réalisé en direction de la prévention de la guerre ou des accords dans des champs spécifiques tels que le contrôle de l’énergie atomique et la coopération économique dans la reconstruction des zones dévastées par la guerre.

On ne peut pas reprocher ces échecs aux Nations unies. Aucune organisation internationale ne peut être plus puissante que les pouvoirs constitutionnels qui lui ont été donnés, ou que ses composantes ne veulent être. En fait les Nations unies sont une institution extrêmement importante et utile pourvu que les peuples et les gouvernements du monde réalisent que c’est simplement un système de transition vers le but final, qui est l’établissement d’une autorité supranationale investie de pouvoirs législatifs et exécutifs suffisants pour maintenir la paix.

L’impasse actuelle réside dans le fait qu’il n’y a pas d’autorité supra-nationale suffisante et en qui on puisse avoir confiance. » (...)

 

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ABBÉ PIERRE

 

L'Abbé Pierre citoyen du monde
(5 août 1912 / 22 janvier 2007)

« L'Abbé Pierre »

mars 1949

« Si l’on veut rechercher les origines des convictions fédéralistes de l’Abbé Pierre, il faut peut-être remonter jusqu’à son milieu familial et à son enfance. Cinquième d’une famille de huit enfants, il fut, dès son jeune âge, habitué à envisager les problèmes à une échelle beaucoup plus large que l’échelle nationale. En effet, pendant vingt ans, son père parcourut l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud et les problèmes internationaux étaient sans cesse évoqués au foyer familial. D’autre part, l’un des traits caractéristiques de la façon dont l’Abbé Pierre envisage les problèmes fédéralistes, c’est-à-dire en fonction du lien étroit qui unit aux questions de politique internationale les questions d’économie et d’organisation sociale, trouve peut-être son explication dans les impressions très fortes reçues dans son enfance. » (...)

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L'engagement mondialiste de l’Abbé Pierre
(fragment de son auto-biographie)

1947 : Fondation du Mouvement universel pour une Confédération mondiale (MUCM). Lord Boyd Orr et l’Abbé Pierre sont respectivement élus président du Conseil et vice-président au Comité exécutif. 400 délégués et observateurs, de 14 nations, participaient à ce congrès.

1948 : Élu président du Comité exécutif du MUCM, l’Abbé Pierre est spécialement chargé de la Commission parlementaire. Rencontre à Princeton, aux États-Unis, avec Albert Einstein (...). Garry Davis abandonne sa nationalité américaine, déclare être « citoyen du monde » et demande la création d:un gouvernement mondial. Ce geste a un retentissement mondial. L’Abbé Pierre, aux côtés d’Albert Camus, André Gide, etc., crée le Comité de soutien de Garry Davis.

1950 : Dans le cadre du Mouvement mondialiste, l’Abbé Pierre présente à la Chambre des députés un projet de loi pour l’affectation du millième du budget de la Guerre à des élections pour une Assemblée constituante mondiale devant établir la limitation des souverainetés absolues des nations en fonction d’un bien commun mondial.

 

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« Donnez la parole
à l’humanité ! »


Discours
en faveur de Garry Davis

au Vél’ d’Hiv' à Paris
le 9 décembre 1948

 

« Écoutez. Lorsqu’il s’agit de gérer nos affaires municipales, on nous demande notre avis et on nous dit : élisez un maire et des conseillers. Lorsqu’il s’agit de gérer nos affaires départementales, on nous donne la parole pour désigner un Conseil général. Lorsqu’il s’agit d’affaires nationales, on nous donne encore la parole pour défendre les intérêts de cette communauté nationale.

Et de quel droit est-ce qu’aujourd’hui où l’unité du monde dans les nécessités économiques et techniques est une évidence, de quel droit est-ce que l’on tarde si longtemps à nous donner la parole pour que nous puissions nous-mêmes désigner les hommes qui étudieront et régleront les problèmes mondiaux ? » (...)

 

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« Croyants et incroyants, nous savons bien
que nous avons le devoir, pour accomplir la loi
de la vie, de faire tout ce qui dépend de nous. »

Abbé Pierre
Discours au Congrès des étudiants fédéralistes mondiaux
Amsterdam, le 1er août 1949

 

(...) « Alors, si nous réussissons à faire qu’une force immense se lève assez vite, rien ne pourra s’opposer à ce que la vie passe, à ce que la vie survive, à ce que la vie triomphe et à ce que, aux yeux de l’humanité, disparaisse la honte d’une destruction venue de ses propres mains et s’ouvre une ère dont il est impossible que nous disions ce qu’elle serait, si ce n’est que nous pouvons voir, sans bien sûr engendrer un paradis, qu’elle ouvrirait à l’humanité des perspectives absolument nouvelles. Une humanité unifiée, résolvant les problèmes économiques d’une façon intelligente avec les moyens que lui donne la science, permettant à l’homme de s’arracher à l’ignorance, à la misère et par conséquent à la révolte. » (...)

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« Une victoire obtenue par la guerre
reste un échec d’humanité. »

Abbé Pierre
Réflexions sur la guerre du Golfe, le 22 janvier 1991

 

« Il nous faut faire l’effort de nous souvenir de ce que nous recevons comme enseignement à l’école. L’Histoire que vous apprenez, n’a été que l’histoire des guerres avec leurs victoires, chaque nation pour son propre compte. Les manuels scolaires, c’était bien cela. Il y a là une intoxication de l’Histoire envers l’enfance. En réalité, une victoire obtenue par la guerre est toujours un échec, même pour celui qui a obtenu la victoire en délivrant l’agressé de l’agresseur. Ça reste un échec d’humanité. Il n’a pas été possible d’obtenir cette justice par la raison, le dialogue, par ceux qui possèdent l’autorité. Donc il faut tenir cette conviction que la victoire, même dans une guerre devenue juste parce qu’elle serait purement défensive, est un échec humiliant pour l’humanité. La seule valeur véritable est la PAIX. » (...)

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« On va vers l’unité européenne. Je garde avec Teilhard de Chardin une certitude. Je constate même sans être philosophe ni scientifique qu’à travers les tragédies l’humanité converge vers du « UN ». On a commencé à se battre entre voisins à coup de cailloux, puis on s’est groupés en famille. On s’est battus entre familles, puis entre clans, entre tribus, entre nations. Mais à chaque fois on s’est unis. Se sont construits des fédérations de nations. Après bien des querelles et des désaccords, l’Europe est en train de se faire. »

L’Abbé Pierre, émission « 7 sur 7 », le 9 mars 1993

 

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JEAN ROSTAND

 

Jean Rostand citoyen du monde (1894 /1977)

 

« L’unification de la planète
est dans le sens de l’avenir humain.

Elle est aussi certaine pour demain qu’elle est jugée utopique à l’heure présente. S’il est une prophétie qui ne comporte aucun risque d’erreur, c’est bien celle-là, car c’est à l’échelle planétaire seulement que pourront être décemment et rationnellement résolus les grands problèmes sociaux, économiques, moraux, qui se posent à nous, soit qu’il s’agisse de la gestion des ressources terrestres, de la protection de la nature, de l’organisation de la santé ou de la lutte contre la surpopulation…

Et, quand, enfin, il existera, ce "Monde uni", chacun s’étonnera qu’on ait mis un si long temps à réaliser un projet si nécessaire. »

 

Jean Rostand, conférence de presse
des Citoyens du Monde, le 2 mars 1967

 

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« Comment ne pas être Citoyen du Monde ? »

Discours de Jean Rostand, le 15 novembre 1968, salle de la Mutualité, Paris

 

« Comment peut-on être Persan ? s'écriait-on au siècle de Montesquieu.
Moi, je dirais volontiers aujourd'hui : "Comment peut-on ne pas être citoyen du monde ?"

(...) « Le spectacle que donne présentement le monde n'est pas fait pour rassurer les amis de la paix. Jamais il n'a paru plus désuni et plus éloigné de l'union. Partout flambent les nationalismes, les chauvinismes, les racismes, les fanatismes. Partout règnent en maître l'esprit de rivalité, la volonté de domination, la sauvagerie des soi-disant civilisés.

A-t-on jamais le sentiment que les grands responsables de la planète - ceux qui tiennent entre leurs mains les vies de millions d'hommes - aient vraiment à cœur de rechercher l'entente, avec l'opiniâtreté, la ferveur, la probité qui seraient de mise ? A-t-on jamais l'impression qu'ils soient décidés à faire à la grande, à l'inégalable cause de la Paix, les concessions qu'elle commande et le sacrifice, même partiel, de leurs préjugés, de leur point d'honneur, de leur prestige, de leur intolérance. Est-ce que jamais l'on voit s'esquisser, même à titre d'essai, un geste qui soit sans arrière-pensée, et clairement dicté par la volonté de conciliation, un geste spirituellement désarmé, qui ne soit pas de tactique ou de propagande, qui ne vise pas à conquérir quelque avantage matériel ou moral, un geste gratuit enfin, qui ne soit teinté d'aucun impérialisme, ou national ou idéologique ?

Comment ne comprennent-ils pas, ces chefs d'Etat, si avides de gloire future, si emplis d'orgueil, qu'on ne peut plus se grandir aujourd'hui par l'épouvante qu'on inspire et que les seuls gestes historiques, ceux qui compteront dans la mémoire des peuples, seront des gestes d'apaisement, créateurs de sécurité et d'espérance. Et dans ce monde si dénué de fraternité, non seulement les bombes s'accumulent dans les arsenaux et sans cesse augmente le nombre des pays possédant ou briguant le hideux standing atomique, mais encore la décision suprême, assassine, dépend d'une volonté unique. Elle peut être prise par un seul homme, un seul : qui peut être un agité, un persécuté, un mégalomane, un névrosé enfin, puisque jusqu'à nouvel ordre on n'exige pas de ceux qui nous conduisent un certificat de psychiatre.

En un temps où la guerre n'est plus la guerre, mais peut-être le suicide de l'Homme ; où refuser la pais des vivants c'est préparer la paix des tombeaux, ne comprendrons-nous pas, enfin, qu'il y a mieux à faire, sur notre petite boule, qu'à échanger des défis et équilibrer les terreurs ? Or, il n'est qu'un moyen de conjurer le péril, un seul moyen de prévenir le déchaînement des forces infernales : c'est la constitution d'un gouvernement mondial.

Etre citoyen du monde, c'est parier pour la survie de l'Homme, comme Pascal pariait pour l'immortalité de l'âme. Mais croire à l'immortalité ne nous aide pas à devenir immortel, tandis que croire au monde uni pourrait contribuer à en hâter la venue. » (...)

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Alain Dubois,
Jean Rostand, un biologiste contre le nucléaire

Textes choisis et commentés par Alain Dubois
préface de Jacques Testart,
Berg International Editeurs 2012

à commander aux Éd. Berg ici

 

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PIERRE TEILHARD DE CHARDIN

 

« Qu'il me soit permis en qualité de "géo-biologiste" de profession, de saluer l'apparition, au cœur de la France, de la première parcelle d'humanité effectivement mondialisée et planétisée. Un simple germe, sans doute, mais qui pourrait bien être la première maille du réseau "d'ultra-humanité" qui, tôt ou tard, de nécessité biologique, finira par couvrir la terre. »

Message de Teilhard de Chardin aux Cadurciens,
Peuple du Monde n° 20, automne 1950

 

Teilhard de Chardin avait préparé un discours qu'il devait prononcer lors des cérémonies de mondialisation de Cahors, le 24 juin 1950 : « Depuis que l'Homme est Homme... » (daté du 21 juin - source Claude Cuenot)

 

 

La Planétisation humaine

(...) «Dans l’état de bouleversement et d’agitation où se trouve actuellement le Monde, il est devenu très difficile - à moins de quitter et de dépasser l’échelle individuelle - d’apprécier la signification de ce qui se passe aujourd’hui sur Terre. Tant de mouvements divers (mouvements d’idées, de passions, d’institutions et de peuples) se croisent et se heurtent autour de nous en ce moment que, à tout homme qui réfléchit, il peut sembler que la nef humaine vogue à l’aventure. Avançons-nous ? ou reculons-nous ? ou bien sommes-nous simplement ballottés sur place ? Impossible de décider, tant que nous restons au ras des flots. Les vagues nous cachent l’horizon...

Pour sortir d’une incertitude qui menace de paralyser notre action, je ne vois qu’un seul moyen : prendre de l’altitude, et monter assez haut pour que, par-dessus le désordre superficiel des détails, se découvre la régularité significative de quelque grand phénomène. Émerger pour voir clair : voilà ce que j’ai essayé de faire ; et voilà ce qui m’amène ici à accepter, si invraisemblables qu’elles paraissent, la réalité et les conséquences du processus cosmique majeur auquel, faute de terme plus expressif, j’ai donné le nom de « planétisation humaine ».

OC Tome V, L'Avenir de l'Homme, « La Planétisation Humaine », 1945

 

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« Le Bonheur et l’Amour selon Teilhard », RCF Radio, émission du 14 nov. 2020 présentée par Jean-Marie Rouvier

 

À travers la vision planétaire de construction de l’Humanité de Pierre Teilhard de Chardin,
Jean-Philippe Selles nous ouvre à une réflexion sur le bonheur et sur l’amour selon Teilhard.

 

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L'Amour-énergie

« Nous souffrons et nous nous inquiétons en constatant que les tentatives modernes de collectivisation humaine n’aboutissent, contrairement aux prévisions de la théorie et à notre attente, qu’à un abaissement et à un esclavage des consciences. — Mais quel chemin avons-nous pris jusqu’ici pour nous unifier ? Une situation matérielle à défendre. Un nouveau domaine industriel à ouvrir. Des conditions meilleures pour une classe sociale ou pour des nations défavorisées... Voilà les seuls et médiocres terrains sur lesquels nous ayons encore essayé de nous rapprocher. Quoi d’étonnant si, à la suite des sociétés animales, nous nous mécanisions par le jeu même de notre association ! jusque dans l’acte suprêmement intellectuel d’édifier la Science (aussi longtemps du moins qu’il demeure purement spéculatif et abstrait) l’impact de nos âmes ne s’opère qu’obliquement, et comme de biais. Contact encore superficiel, — et donc danger d’une servitude de plus...

Seul l’amour, pour la bonne raison que seul il prend et joint les êtres par le fond d’eux-mêmes, est capable, — c’est là un fait d’expérience quotidienne, — d’achever les êtres, en tant qu’êtres, en les réunissant. À quelle minute en effet deux amants atteignent-ils la plus complète possession d’eux-mêmes sinon à celle où l’un dans l’autre ils se disent perdus ? En vérité, le geste magique, le geste réputé contradictoire de « personnaliser » en totalisant, l’amour ne le réalise-t-il pas à chaque instant, dans le couple, dans l’équipe, autour de nous ? Et ce qu’il opère ainsi quotidiennement à une échelle réduite, pourquoi ne le répéterait-il pas un jour aux dimensions de la Terre ?

L’Humanité ; l’Esprit de la Terre ; la Synthèse des individus et des peuples ; la Conciliation paradoxale de l’Élément et du Tout, de l’Unité et de la Multitude : pour que ces choses, dites utopiques, et pourtant biologiquement nécessaires, prennent corps dans le monde, ne suffit-il pas d’imaginer que notre pouvoir d’aimer se développe jusqu’à embrasser la totalité des hommes et de la Terre ? (...)

Que l’Univers prenne en avant, pour nous, un visage et un coeur, qu’il se personnifie, si l’on peut dire. Et aussitôt, dans l’atmosphère créée par ce foyer, les attractions élémentaires trouveront à s’épanouir. Et alors, sans doute, sous la pression forcée d’une Terre qui se referme, éclateront les formidables énergies d’attraction encore dormantes entre molécules humaines. À notre sens du Monde, à notre sens de la Terre, à notre sens humain, les découvertes faites depuis un siècle ont apporté, par leurs perspectives unitaires, un nouvel et décisif élan. De là le sursaut des panthéismes modernes. Mais cet élan n’aboutira qu’à nous replonger dans de la super-matière s’il ne nous mène à quelqu’un.

Pour que l’échec qui nous menace se transforme en succès, — pour que s’opère la conspiration des monades humaines, — il faut et il suffit que, prolongeant notre science jusqu’à ses dernières limites, nous reconnaissions et acceptions, comme nécessaire pour fermer et équilibrer l’Espace-Temps, non seulement quelque vague existence à venir, mais encore (et sur ceci il me reste à insister) la réalité et le rayonnement déjà actuels, de ce mystérieux Centre de nos centres que j’ai nommé Oméga (1) ».

OC Tome I, Le Phénomène humain, « L'amour-énergie », 1947

 

1) - Sur les concepts développés par Teilhard, comme noosphère, l'ultra-humain, omega, lire : Gustave Martelet,
« Pierre Teilhard de Chardin, ou le propre de l'homme dans son rapport au propre de Dieu », Études, 2003

 

Ouvrages de Teilhard de Chardin à consulter ou à télécharger ici

 

 

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La compénétration humaine

« Je suis dominé par ces impressions complexes que la Terre est trop petite et que cette étroitesse est néanmoins la condition de notre centration et de notre compénétration humaine, puis, peut-être, de notre évasion ou « extase ».

Rien que la Terre, dit Paul Morand. Ceci est vrai en des sens multiples. Il n'a pas fallu moins que Toute la Terre pour faire l'Homme et l'Homme vrai est celui qui rassemble ou rassemblera en lui la conscience de toute la couche humaine totale. Mais en même temps que cette couche se forme et se soude par l'impossibilité même où nous sommes de nous étendre toujours plus loin, nous éprouvons que notre domaine est ridiculement étroit et nous ressentons l'anxiété naissante de trouver une issue.

Rien que la Terre, c'est insuffisant. Je voudrais en somme exprimer la psychologie (les sentiments mêlés de fierté, d'espoir, de déception, et d'attente) de l'homme qui se perçoit non plus comme Français ou Chinois mais comme terrestre. Plus je vais plus je me sens décidé à vivre au-dessus des préoccupations politiques et nationales quelles qu'elles soient et à dire ouvertement ce que je pense sans souci de ce que les autres disent ou ont dit. Il me semble que le moment est venu où, si les hommes doivent jamais s'entendre, ils s'entendront sur un point qui s'établira en rupture, contradiction ou rénovation d'une masse de conventions et de préjugés qui forment sur nous une carapace morte. Nous avons tous besoin en ce moment d'autre chose. Tu sais que pour moi ces dispositions n'ont rien d'antichrétien au contraire. Je les considère comme appelant la manifestation irremplaçable d'un plus grand Christ. »

 

Lettre de Pierre Teilhard de Chardin à sa cousine
le 1° sept. 1926, in Lettres de voyage (1923-1955)

 

Citations

« Pour que les Hommes, sur la Terre et sur toute la Terre, puissent arriver à s’aimer, il n’est pas suffisant que, les uns et les autres, ils se reconnaissent les éléments d’un même quelque chose ; mais il faut que en se planétisant, ils aient conscience de devenir, sans se confondre, un même quelqu’un. »

ŒC Tome V, L'avenir de l'Homme

 

« Les ressources dont nous disposons aujourd’hui, les puissances que nous avons déchaînées, ne sauraient être absorbées par le système étroit des cadres individuels ou nationaux dont se sont servis jusqu’ici les architectes de la Terre humaine… L’âge des nations est passé. Il s’agit maintenant pour nous, si nous ne voulons pas périr, de secouer les anciens préjugés, et de construire la Terre… Plus je regarde scientifiquement le Monde, - moins je lui vois d’autre issue biologique possible que la conscience active de son unité ».

ŒC Tome VI, L'Énergie humaine, 1931

 

« Laissons les pessimistes établir entre eux l'impossibilité où se trouve l'Homme de bouger et, groupés entre optimistes, demandons-nous en quel sens agir chacun pour appuyer le plus efficacement possible la synthèse du Monde en ce moment critique de l'Évolution. Dire simplement que nous devons chercher, par tous les moyens, à favoriser et à développer les forces qui unissent, de préférence à celles qui séparent, serait évidemment vrai. Mais cette règle d'action est trop générale, ou plutôt elle se confond trop avec le but même à atteindre.

Nous unir, voilà l'objectif, bien sûr.
Mais, justement, comment arriver à nous unir ? c'est-à-dire où trouver un critère de choix et un principe d'attraction qui, sans forcer nos inclinations ni nos convictions particulières, fasse converger nos routes,
naturellement ? »

Œuvres complètes, Tome VII, L'activation de l'énergie,
« Pour y voir clair », juillet 1950

 

« À la différence des « simples » animaux, qui peuvent bien être ubiquistes, mais sans jamais parvenir à s’organiser en une seule unité biologique à travers les continents, l’Homme, lui, depuis les premières traces de l’outil et du feu que nous connaissons, n’a jamais cessé (par jeu d’artifices plannés et d’aménagements sociaux) de tisser peu à peu, par-dessus la vieille Biosphère, une membrane continue de Pensant tout autour de la Terre : la Noosphère ».

ŒC Tome III, La vision du passé, « Les singularités de l’espèce humaine », 1954

 

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ALBERT JACQUARD

 

 

« À qui appartient la Terre ? À l’avenir...
Il a été long de penser aux générations à venir.
Y a-t-on tellement pensé ?

Le plus souvent, on a fait l’hypothèse
que demain serait comme aujourd’hui.
Au fond, la plupart des cultures ne pensent pas l’avenir.

Demain dépend de nous.
Nous pouvons laisser faire ;
c’est la base du système économique,
quand la fondation d’une démocratie planétaire serait d’agir.
»

 

À propos des réfugiés

Pourquoi appelle-t-on certaines populations des « minorités » ?
La boutade « des papiers pour personne » est bien plus significative qu’on ne le croit.

Je ne comprends qu’une chose : l’homogénéité de l’homme. Tous sont semblables. Le concept de minorité est arbitraire. Il ne faudrait plus jamais demander de papiers à personne. Es-tu humain ? C’est ce qui compte. As-tu une peau blanche ou autre ? On s’en fout ! Ce serait le point de départ. La réalité est-elle dans l’unité de l’espèce ? La réponse est oui.

Commençons par revenir à une définition de l’homme assumant la réalité des droits humains. Où que vous soyez, qui que vous soyez, vous êtes un être humain ; on vous reconnaît comme tel. Vous avez les mêmes droits et les mêmes devoirs. Cette interprétation des textes de la Déclaration des droits de l’Homme devrait être communément admise et appliquée.

Le texte de la Déclaration universelle des droits de l’homme est écrit.
Les mots doivent être développés avec les données actuelles, qui n’étaient pas les mêmes en 1948.

Nous avons à réaliser l’unité de l’humanité...

 

Albert Jacquard plaide pour une citoyenneté mondiale (La Dépêche du Midi, 5 déc. 2007)

 

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Fraternité

(...) Le mot « frère » dérive d'un mot latin qui ne faisait nulle allusion à un lien parental. Frater désignait tout membre de l'espèce humaine, de la « famille humaine ». Si l'on voulait spécifier une descendance commune, il fallait ajouter l'adjectif « germain », évoquant le germen, la graine. Ce terme reste utilisé à propos des « cousins germains », ceux avec qui l'on a en commun un couple de grands-parents. (...)

Comme pour la plupart des mots souvent employés, son usage a fait perdre à ce « frère » beaucoup de sa précision. Son sens dépend essentiellement du contexte. Lorsqu’un prédicateur dans une église s’adresse à son auditoire par la formule consacrée : « Mes bien chers frères », on peut espérer qu’il ne considère pas seulement comme frères les chrétiens de l’assistance, mais la totalité des humains présents. (...)

La fraternité a pour résultat de diminuer les inégalités tout en préservant ce qui est précieux dans la différence. C’est parce que nous sommes différents que notre fraternité a du sens ; et cette fraternité doit se traduire par l’égalité des devoirs et des droits. (...)

 

Extraits de Petite philosophie à l’usage des non-philosophes, Calmann-Levy, 1997

Télécharger l'intégralité de ce texte

 

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Fonder un État planétaire. Pourquoi pas ?

De toutes les structures planétaires existantes, je préfère nettement l’UNESCO.
Avant de recréer l’Organisation mondiale du commerce, il nous faut fonder l’unité humaine.

Actuellement, notre référence, s’agissant d’une possible transformation de l’histoire, nous renvoie au Conseil national de la Résistance, il y a soixante-dix ans, ou à la Révolution française, il y a plus de deux cents ans... Si l’histoire de l’homme n’était qu’une seule année, depuis homo habilis, homo erectus, etc., jusqu’à ce que l’on marche sur la Lune, homo habilis, c’était hier...

Le pétrole est apparu sur la Terre à tel endroit. Par hasard.
Pourquoi ne pas le considérer comme un bien collectif, de même que l’ensemble des ressources fournies par la Terre ? Imaginons un robinet commun où tous les peuples du monde iraient puiser leur énergie.
Sous quelle autorité ? Nous pourrions accepter le constat que cette autorité n’est nulle part, pour concevoir un système permettant à l’humanité non seulement de répartir, mais encore de restreindre une consommation abusive volée à l’avenir. Dire que nous avons un tel pouvoir de destruction et de nuisances irréversibles par nos choix d’énergies !

Peut-on fonder une culture planétaire ? Actuellement, elle est subie. Coca-Cola est une consommation planétaire, mais ce n’est pas une culture humaniste. Il nous faut passer de la consommation à la culture. Il s’agit d’articuler ce que la nature a fait, avec la prise en charge de la suite par les cultures humaines. Cette prise en charge suppose une autorité disant : « Moi, je décide telle chose. » Comment peut-on concilier démocratie planétaire et efficacité ? Lorsque l’on n’a plus d’imagination, les idées ne semblent pas applicables. Elles sont dites « utopistes ». Nous avons le choix entre ne rien faire en disant « on n’y peut rien » et trouver les formes, les idées, les innovations, pour réagir. Chacun d’entre nous est une multitude potentielle. (...)

L'humanité a désormais la responsabilité de mettre ce qu'elle connaît enfin du présent
au service de l'avenir commun. La mutation dans laquelle nous nous trouvons
implique l'urgence pour nous tous d'élargir notre concept de l'humanité.
(...)

Comment, sans politique mondiale ? Si nous admettons que les richesses de l’eau et de l'énergie appartiennent à tous les hommes, la décision doit être prise en commun par une collectivité de terriens.

Le problème n’est pas de savoir si un gouvernement mondial existera. Sûrement, il sera.
Dans trente ans, cent ou mille ans, quelle que soit l’échéance, il nous faut imaginer une Terre
avec des élus sur tous les continents. Pourquoi ne pas y travailler ? Chacun doit avoir un poids.

Il y a plus de trente ans, avec l’Appel des cent ; cent personnalités médiatiques avaient cru pouvoir peser assez fort pour contrer le danger nucléaire. Désormais s’impose l’Appel des sept milliards de terriens.

L’urgence est à une réflexion collective sur la planétarisation, et non plus la nationalisation des richesses vitales.

Pour la nation, de même que pour l’Europe, il est trop tard. Reste cependant des décisions à prendre sur une planète où nous devons nous éduquer mutuellement pour apprendre à vivre ensemble. Sans doute les mécanismes de nos démocraties sont-ils aujourd’hui épuisés. Pour que cette autorité planétaire soit conforme à la démocratie, tout est à inventer, y compris la démocratie elle-même.

Nous avons à dresser l’inventaire des décisions qui ne peuvent qu’être planétaires, et trouver une méthode pour que ceux qui tranchent le fassent au nom et dans l’intérêt du peuple des terriens.

 

Extraits de Réinventer l'humanité, Albert Jacquard et Hélène Amblard, Sang de la Terre, 2013

 

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EDGAR MORIN

 

 


« Il faut rejeter le cosmopolitisme sans racines, qui est abstrait, pour le cosmopolitisme terrien, celui du citoyen de notre petite planète singulière. En même temps tous les ré-enracinements ethniques ou nationaux sont légitimes, à condition qu'ils s'accompagnent du plus profond encore ré-enracinement dans l'identité humaine terrestre. »

Ma gauche, 2010

« Moteur d'occidentalisation, le développement est un mythe qu'il faut aujourd'hui abandonner
au profit d'une politique de l'homme et de la civilisation
. »

 

Appel « Changeons de voie, changeons de vie »

« Nous sommes devant un choix, en effet, toute l'espèce humaine est réunie sous une "communauté de destin", puisqu'elle partage les mêmes périls écologiques ou économiques, les mêmes dangers provoqués par le fanatisme religieux ou l'arme nucléaire. Cette réalité devrait générer une prise de conscience collective et donc souder, solidariser, hybrider. Or l'inverse domine : on se recroqueville, on se dissocie, le morcellement s'impose au décloisonnement, on s'abrite derrière une identité spécifique - nationale et/ou religieuse.

Nous croyons comme Montaigne le disait déjà au XVIe siècle que « tout homme est mon compatriote » et que l’humanisme se déploie comme respect de tout être humain. (...)  Les problèmes et périls vitaux apportés par la mondialisation lient désormais tous les êtres humains dans une communauté de destin. Nous devons reconnaître notre matrie terrienne (qui a fait de nous des enfants de la terre) notre patrie terrestre (qui intègre nos diverses patries) notre citoyenneté terrienne (qui reconnaît notre responsabilité dans le destin terrestre). Chacun d’entre nous est un moment, une particule dans une gigantesque et incroyable aventure, issue d’homo sapiens-demens, notre semblable dès la préhistoire, et qui s’est poursuivie dans la naissance, la grandeur, la chute des empires et civilisations et qui est emportée dans un devenir où tout ce qui semblait impossible est devenu possible dans le pire comme dans le meilleur. Aussi un humanisme approfondi et régénéré est il nécessaire à notre volonté de ré-humaniser et régénérer nos pays, nos continents, notre planète. »

Lire l'Appel d'Edgar Morin
« Changeons de voie, changeons de vie »
, le 24 février 2017

(L'Appel était à signer ici - mais le lien ne marche plus)

 

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Éloge de la métamorphose

« (...) Pour élaborer les voies qui se rejoindront dans la Voie, il nous faut nous dégager d’alternatives bornées, auxquelles nous contraint le monde de connaissance et de pensée hégémoniques. Ainsi il faut à la fois mondialiser et démondialiser, croître et décroître, développer et envelopper.

L’orientation mondialisation/démondialisation signifie que, s’il faut multiplier les processus de communication et de planétarisation culturelles, s’il faut que se constitue une conscience de “Terre-patrie”, il faut aussi promouvoir, de façon démondialisante, l’alimentation de proximité, les artisanats de proximité, les commerces de proximité, le maraîchage périurbain, les communautés locales et régionales.

L’orientation croissance/décroissance signifie qu’il faut faire croître les services, les énergies vertes, les transports publics, l’économie plurielle dont l’économie sociale et solidaire, les aménagements d’humanisation des mégapoles, les agricultures et élevages fermiers et biologiques, mais décroître les intoxications consommationnistes, la nourriture industrialisée, la production d’objets jetables et non réparables, le trafic automobile, le trafic camion (au profit du ferroutage).

L’orientation développement/enveloppement signifie que l’objectif n’est plus fondamentalement le développement des biens matériels, de l’efficacité, de la rentabilité, du calculable, il est aussi le retour de chacun sur ses besoins intérieurs, le grand retour à la vie intérieure et au primat de la compréhension d’autrui, de l’amour et de l’amitié.

Il ne suffit plus de dénoncer. Il nous faut maintenant énoncer. Il ne suffit pas de rappeler l’urgence. Il faut savoir aussi commencer par définir les voies qui conduiraient à la Voie. (...) »

« Éloge de la métamorphose », Edgar Morin, Le Monde, 10 janvier 2010

 

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Pour une politique de l'Humanité

« Ne faut-il pas nous défaire du terme de développement,
même amendé ou amadoué en développement durable, soutenable ou humain ?

L'idée de développement a toujours comporté une base technique-économique, mesurable par les indicateurs de croissance et ceux du revenu. Elle suppose de façon implicite que le développement techno-économique est la locomotive qui entraîne naturellement à sa suite un «développement humain» dont le modèle accompli et réussi est celui des pays réputés développés, autrement dit occidentaux. Cette vision suppose que l'état actuel des sociétés occidentales constitue le but et la finalité de l'histoire humaine.

Le développement « durable » ne fait que tempérer le développement par considération du contexte écologique, mais sans mettre en cause ses principes ; dans le développement «humain», le mot humain est vide de toute substance, à moins qu'il ne renvoie au modèle humain occidental, qui certes comporte des traits essentiellement positifs, mais aussi, répétons-le, des traits essentiellement négatifs.

Aussi le développement, notion apparemment universaliste, constitue un mythe typique du sociocentrisme occidental, un moteur d'occidentalisation forcenée, un instrument de colonisation des «sous-développés» (le Sud) par le Nord. Comme dit justement Serge Latouche, «ces valeurs occidentales [du développement] sont précisément celles qu'il faut remettre en question pour trouver solution aux problèmes du monde contemporain» (le Monde diplomatique, mai 2001). » (...)

Edgar Morin

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Enseigner l'identité terrienne

in Les sept savoirs nécessaires à l'éducation du futur
Livre écrit à l'invitation de l'UNESCO, 1999

 

Diversité culturelle et pluralité d’individus

« (...) On dit justement La Culture, on dit justement les cultures.

La culture est constituée par l'ensemble des savoirs, savoir-faire, règles, normes, interdits, stratégies, croyances, idées, valeurs, mythes qui se transmet de génération en génération, se reproduit en chaque individu, contrôle l'existence de la société et entretient la complexité psychologique et sociale. Il n'est pas de société humaine, archaïque ou moderne, qui soit sans culture, mais chaque culture est singulière. Ainsi, il y a toujours la culture dans les cultures, mais la culture n'existe qu'à travers les cultures.

Les techniques peuvent migrer d'une culture à l'autre, comme ce fut le cas de la roue, de l'attelage, de la boussole, de l'imprimerie. Il en est ainsi également de certaines croyances religieuses puis d’idées laïques qui, nées dans une culture singulière, ont pu s'universaliser. Mais il est dans chaque culture un capital spécifique de croyances, idées, valeurs, mythes et particulièrement ceux qui lient une communauté singulière à ses ancêtres, ses traditions, ses morts.

Ceux qui voient la diversité des cultures tendent à minimiser ou occulter l'unité humaine, ceux qui voient l'unité humaine tendent à considérer comme secondaire la diversité des cultures. Il est au contraire approprié de concevoir une unité qui assure et favorise la diversité, une diversité qui s'inscrit dans une unité.

Le double phénomène de l'unité et de la diversité des cultures est crucial. La culture maintient l'identité humaine dans ce qu'elle a de spécifique ; les cultures maintiennent les identités sociales dans ce qu'elles ont de spécifique. Les cultures sont apparemment closes sur elles-mêmes pour sauvegarder leur identité singulière. Mais, en fait, elles sont aussi ouvertes : intégrant en elles non seulement des savoirs et des techniques, mais aussi des idées, des coutumes, des aliments, des individus venus d’ailleurs. Les assimilations d’une culture à l’autre sont enrichissantes. Il y a aussi de grandes réussites créatrices dans des métissages culturels, comme ceux qui ont produit le flamenco, les musiques d’Amérique latine, le raï. Par contre, la désintégration d’une culture sous l’effet destructeur d’une domination technico-civilisationnelle est une perte pour toute l’humanité dont la diversité des cultures constitue un de ses plus précieux trésors.

L’être humain est lui-même à la fois un et multiple. Nous avons dit que tout être humain, tel le point d'un hologramme, porte le cosmos en lui. Nous devons voir aussi que tout être, même le plus enfermé dans la plus banale des vies, constitue en lui-même un cosmos. »  (...)

 

L'identité et la conscience terrienne

« La mondialisation est certes unificatrice, mais il faut immédiatement ajouter qu'elle est aussi conflictuelle dans son essence. L'unification mondialisante est de plus en plus accompagnée par son propre négatif qu'elle suscite par contre-effet : la balkanisation. Le monde devient de plus en plus un, mais il devient en même temps de plus en plus divisé. C'est paradoxalement l'ère planétaire elle-même qui a permis et favorisé le morcellement généralisé en Etats-nations : en effet, la demande émancipatrice de nation est stimulée par un mouvement de ressourcement dans l'identité ancestrale, qui s'effectue en réaction au courant planétaire d'homogénéisation civilisationnelle, et cette demande est intensifiée par la crise généralisée du futur (...)

L’union planétaire est l’exigence rationnelle minimale d’un monde rétréci et interdépendant. Une telle union a besoin d’une conscience et d’un sentiment d’appartenance mutuelle nous liant à notre Terre considérée comme première et ultime Patrie. Si la notion de patrie comporte une identité commune, une relation d’affiliation affective à une substance à la fois maternelle et paternelle (incluse dans le terme féminin-masculin de patrie), enfin une communauté de destin, alors on peut avancer la notion de Terre-Patrie.

Aussi nous faut-il apprendre à "être-là" sur la planète. Apprendre à être-là, cela veut dire : apprendre à vivre, à partager, à communiquer, à communier ; c'est ce qu'on apprenait seulement dans et par les cultures singulières. Il nous faut désormais apprendre à être, vivre, partager, communiquer, communier aussi en tant qu'humains de la Planète Terre. Non plus seulement être d'une culture, mais aussi être terriens. Nous devons nous vouer, non à maîtriser, mais à aménager, améliorer, comprendre. Nous devons inscrire en nous :

    • La conscience anthropologique, qui reconnaît notre unité dans notre diversité.
    • La conscience écologique, c'est-à-dire la conscience d'habiter, avec tous les êtres mortels, une même sphère vivante (biosphère) ; reconnaître notre lien consubstantiel avec la biosphère nous conduit à abandonner le rêve prométhéen de la maîtrise de l'univers pour nourrir l'aspiration à la convivialité sur terre.
    • La conscience civique terrienne, c'est-à-dire de la responsabilité et de la solidarité pour les enfants de la Terre.
    • La conscience spirituelle de l’humaine condition qui vient de l'exercice complexe de la pensée et qui nous permet à la fois de nous entre-critiquer, de nous autocritiquer et de nous entre-comprendre.

Il nous faut enseigner, non plus à opposer l'universel aux patries, mais à lier concentriquement nos patries, familiales, régionales, nationales, européennes, et à les intégrer dans l'univers concret de la patrie terrienne. » (...)

Edgar Morin

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EMMANUEL MOUNIER

 

 

« Comne nous avions posé, devant nos camarades fédéralistes, la question : Quelle Europe ? nous posons aujourd'hui, devant nos camarades pacifistes, la question : Quelle paix ? Non pas pour fuir l'action en prétextant de ses incertitudes, mais pour y entrer mieux armés. Les uns répondent : le calme inaliénable de l'âme, que chacun doit faire régner en soi-même. Les autres : la suspension de toute guerre par l'Assemblée des États-Unis du Monde. D'autres enfin : la résolution préalable des conflits de classe et la destruction du capitalisme générateur d'impérialisme et de guerre.

Ces réponses doivent à tout instant s'éclairer et se compléter l'une par l'autre. Il n'y aura jamais de paix si nous ne chassons pas à tout instant la guerre de nos coeurs, si nous acceptons à l'avance, fut-ce pour combattre la guerre, ses jeux traditionnels : si le socialisme ne sait ici qu'emboîter le pas à Machiavel et à Richelieu, malheur à lui ! Il aura perdu son âme, et peut-être ses positions avant que le siècle ne passe.

Mais nous savons aussi que cette paix spirituelle ne peut être autarcique, qu'il n'y a pas de pacifisme sans une action concrète pour supprimer la première et la plus ancienne des guerres froides : la guerre sociale. Ici le pacifisme doit prendre conscience des illusions lyriques qui le menacent s'il oublie la condition où vivent les hommes pour n'entendre que la seule indifférence de leurs sentiments. »

« Et maintenant ? », Esprit, février 1949

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Les équivoques du pacifisme

« La faiblesse commune à toutes ces attitudes se révéle à la manière dont les hommes réclament aujourd'hui la paix. Ils ne veulent pas la paix, ils l'attendent, ils se sont laissé persuader que tout se passe en dehors d'eux, que des combinaisons impénétrables et des fatalités inflexibles décident par-dessus leurs têtes de la paix et de la guerre, que la paix leur sera lâchée ou la guerre assénée sans qu'ils aient la moindre responsabilité dans l'affaire.

Vienne un homme comme Garry Davis qui fonce dans les fatalités, se mette en cause, et montre ostensiblement à tous qu'un simple geste d'homme peut déjà déconcerter les puissances, que des dizaines d'audaces semblables les embarrasseraient, et des milliers les paralyseraient, leur réaction n'est pas de recevoir cette leçon exemplaire et de se mettre en cause à leur tour. Ils regardent, applaudissent, et demandent des autographes. Les 15.000 spectateurs du Vél' d'Hiv', et leur enthousiasme, ce n'est pas négligeable, c'est preuve que l'attention se réveille. Mais ce peut être aussi, si rien ne suit dans les volontés, une vaste parade de la lâcheté collective. La paix n'est pas une édification des oreilles, elle est une édification des mains et du coeur. »

Esprit, "Révision du pacifisme", février 1949

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La société nationale et internationale

(...) « Cependant, le monde s’internationalise en fait de plus en plus. Il n’est plus de nations indépendantes au vieux sens du mot. Les aires d’influence préludent à l’unité mondiale, qui devra se faire tôt ou tard, mais sous trois conditions : que les nations renoncent à la souveraineté totale, non pas au profit d’un super-impérialisme, mais d’une communauté démocratique des peuples ; que l’union se fasse entre les peuples et leurs représentants élus, non entre les gouvernements ; que les forces d’impérialisme, notamment économique, qui se servent tantôt du nationalisme, tantôt du cosmopolitisme, soient brisées par les peuples unis. Jusque-là, toute organisation internationale sera minée de l’intérieur par les forces de guerre. » (...)

Le personnalisme, Que Sais-je ? n° 395, PUF, 1949

 

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JEAN XXIII

 

Encyclique Pacem in Terris

« De nos jours, le bien commun universel pose des problèmes de dimensions mondiales. Ils ne peuvent être résolus que par une autorité publique dont le pouvoir, la constitution et les moyens d’action prennent, eux aussi, des dimensions mondiales et qui puisse exercer son action sur toute l’étendue de la terre. C’est donc l’ordre moral lui-même qui exige la constitution d’une autorité publique de compétence universelle.

Cet organisme de caractère général, dont l’autorité vaille au plan mondial et qui possède les moyens efficaces pour promouvoir le bien universel, doit être constitué par un accord unanime et non pas imposé par la force. La raison en est que l'autorité en question doit pouvoir s'acquitter efficacement de sa fonction ; mais il faut aussi qu'elle soit impartiale envers tous, absolument étrangère à l'esprit de parti et attentive aux exigences objectives du bien commun universel.

Si ce pouvoir supranational ou mondial était instauré de force par les nations plus puissantes, on pourrait craindre qu'il soit au service d'intérêts particuliers ou bien qu'il ne prenne le parti de telle ou telle nation ; ce qui compromettrait la valeur et l'efficacité de son action. En dépit des inégalités que le développement économique et l'armement introduisent entre les communautés politiques, elles sont toutes très sensibles en matière de parité juridique et de dignité morale. C'est la raison très valable pour laquelle les communautés nationales n'acceptent qu'à contrecœur un pouvoir, qui leur serait imposé de force, ou aurait été constitué sans leur intervention ou auquel elles ne se seraient pas librement ralliées. »

Lire l'Encyclique (11 avril 1963)

 

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ANDRÉ GIDE

 

« Assumer le plus possible d'humanité,
voilà la bonne formule. »

Les Nourritures Terrestres, 1897

 

 

« Il y a sur la terre de telles immensités de misère, de détresse, de gêne et d'horreur que l'homme heureux n'y peut songer sans prendre honte de son bonheur. Et pourtant ne peut rien pour le bonheur d'autrui celui qui ne sait être heureux lui-même. Je sens en moi l'impérieuse obligation d'être heureux. Mais tout bonheur me paraît haïssable qui ne s'obtient qu'aux dépens d'autrui et par des possessions dont on le prive. [...] Mon bonheur est d'augmenter celui des autres. J'ai besoin du boheur de tous pour être heureux. » (Les Nouvelles nourritures, Gallimard, 1935)

« Il ne peut plus être question ici de frontières géographiques ou politiques, de races ni de patries. La Suède, au  balcon de l'Europe, n'en tient pas compte, et les attributions du prix Nobel me rassurent ; ce qui compte ici c'est la protection, la sauvegarde de cet esprit, "sel de la terre", qui peut encore sauver le monde ; l'élection de quelques-uns qui ont de leur mieux lutté pour son triomphe et pour qui cette lutte est devenue proprement la raison d'être, lutte plus âpre, plus difficile aujourd'hui que jamais ; plus décisive aussi je l'espère ; celle du petit nombre contre la masse, de la liberté contre toute forme de dictature, des droits de l'homme et de l'individu contre l'oppression menaçante, les mots d'ordre, les jugements dictés, les opinions imposées ; lutte de la culture contre la barbarie. »

Texte envoyé par Gide au jury du prix Nobel, le 13 novembre 1947

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HANNAH ARENDT

 

« Pour la première fois dans l'histoire universelle, il est vrai que tous les peuples de la terre ont un présent commun : aucun évènement de quelque importance dans l'histoire d'un seul pays ne peut demeurer un accident marginal dans celle de l'un des autres. Chaque pays est devenu le voisin presque immédiat de chacun des autres et chaque homme éprouve le choc d'événements qui ont lieu de l'autre côté du globe. Mais ce présent commun sur le plan des faits n'est pas fondé sur un passé commun et ne garantit nullement un avenir commun.
La technologie qui a réalisé l'unité du monde peut tout aussi bien le détruire et les moyens de la communication globale ont été créés ensemble avec les moyens de la destruction globale. Il est difficile de contester qu'aujourd'hui le plus puissant symbole de l'unité de l'humanité, est l'improbable éventualité selon laquelle les armes atomiques utilisées par un pays conformément à la sagesse politique de quelques-uns pourraient mettre un terme à toute vie humaine sur terre. La solidarité de l'humanité est à cet égard entièrement négative ; elle ne repose pas seulement sur un intérêt commun à une convention qui interdit l'utilisation des armes atomiques, mais peut-être aussi — puisque de telles conventions partagent avec toutes les autres conventions le sort incertain de ce qui est fondé sur la bonne foi — sur le désir commun d'un monde un peu moins unifié ». in The Philosophy of Karl Jaspers (1957)

 

« La première grave atteinte portée aux États-nations par suite de l’arrivée de centaines de milliers d’apatrides a été que le droit d’asile, le seul droit qui ait jamais figuré comme symbole des Droits de l’homme dans le domaine des relations internationales, a été aboli. » (1951)

 

 

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JEAN GIONO

 

« La preuve que seule l'action des quatre peuples a compté c'est qu'ils ont forcé les quatre gouvernements à se déjuger. Il n'est donc pas vrai que mourir pour la patrie est le sort le plus beau. Il n'est donc pas vrai que, qui veut la paix prépare la guerre. Il n'est donc pas vrai qu'une armée forte défend la paix puisque, si nous avions une armée aussi forte que ce que nos chefs militaires le réclamaient, nous aurions la guerre. Et nous avons la paix. Et brusquement nous voyons que c'est possible et que c'est facile d'aimer les Allemands et d'aimer les Italiens. Sous quels prétextes va-ton continuer à pousser aux armements. Nous ne voulons pas nous en servir. Nous construisons la paix sans nous en servir. La suite logique de l'aventure de septembre 38, c'est le désarmement universel. Croyez-vous que les gouvernements nous auraient dit de leur gré autant de vérité d'un seul coup. »

Précisions, 1939

 

 

La guerre ne crée que la guerre

« La guerre ne crée que la guerre. La vérité est extrêmement simple. Le désarroi des esprits se mesure à la nécessité de redire les vérités les plus simples. La guerre est tout simplement le contraire de la paix. C'est la destruction de la paix. Une destruction ne protégé ni ne construit ce qu'elle détruit. Vous défendez votre liberté par la guerre ? La guerre est immédiatement la perte totale de votre liberté. Comment la perte totale de la liberté peut-elle protéger la liberté ? Vous voulez rester libre et il faut immédiatement vous soumettre, l'absolu de votre victoire étant en rapport direct avec l'absolu de votre soumission.

Vous me dites soumission momentanée jusqu'à la victoire. Méfiez-vous des mots : la victoire de qui ? De vous qui défilerez au pas dans les rangs et ferez « tête droite » et présenterez l'arme jusque sous les arcs de triomphe ? Non, victoire de ceux à qui vous présenterez les armes et que vous saluerez au commandement de « tète droite » ; vous avez défendu votre liberté par la guerre ; vous avez gagné la guerre de la liberté et vous êtes dans la soumission la plus totale. Vous me dites momentanée, mais qui fera cesser ce momentané ? Pas vous puisque vous n'êtes plus libre. Le bon vouloir de vos chefs ? Vous convenez donc que votre liberté est sujette de vos chefs. Et si elle est sujette, vous ne l'avez donc pas défendue et vous êtes tombé dans le danger que vous vouliez éviter.

Donc la guerre ne peut pas défendre la liberté. Elle ne peut rien défendre qu'elle-même. Et quand elle vous présente le poteau, la corde et le bandeau pour les yeux, elle se défend elle-même, seule. Au matin de toutes les mobilisations générales, les guerres qu'on présente sont toujours raisonnables. Ceux qui refusent alors de la faire ont l'air de refuser la marche en avant. Ils refusent seuls de reculer. Car se servir de la guerre pour s'enrichir d'empires ou de richesses spirituelles, c'est devenir plus pauvre de tout. »


Recherche de la pureté, 1939

 

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PIERRE BERGÉ

 

 

« Fais en sorte que l’idée d’humanité excède en toi celle de toute autre communauté. Fais-toi citoyen du monde autant qu’il est possible. Les États, en d’autres termes, comptent moins que le destin de l’humanité. Lorsqu’ils deviennent des obstacles au progrès de la paix, les États doivent s’effacer devant la loi commune. […]

Ou bien la défense invétérée, obscurantiste des “nations”. Ou bien la décision résolue d’assumer des paris raisonnables dont pourrait sortir le progrès de l’humanité. […]

Liberté, j’écris ton nom, 1991

Devant l’abîme


«
N’est-ce pas pas Edouard Herriot qui écrit quelque part : « Jamais on ne me pardonnera d’avoir été à la fois, un homme de lettre et un homme politique, car jamais on ne comprendra quel fut mon violon d’Ingres ! Ces deux situations, cette double action, c’est un peu ce qui se passe, toute proportion gardée, pour la plupart d’entre nous. Nous ne faisons pas métier de pacifisme ! On ne décrète pas, un beau matin, entre quinze et vingt ans, je serai pacifiste comme on serait dentiste, notaire ou architecte.

Le pacifisme provient d’un état de choses qui oblige les hommes à réagir. Le pacifisme est et doit être uniquement une réaction. Nous avons tous, ou à peu près, des occupations littéraires, scientifiques ou artistiques que nous avons abandonnées, en partie, pour nous consacrer à cette grande question qu’est la PAIX.

Nous avons abandonné ces activités particulières parce que nous savons très bien que si demain la guerre éclatait, c’en serait fini et de la littérature et de la science et de l’art. Nous avons abandonné ces activités particulières parce que nous savons très bien qu’ainsi nous les conserverons, peut-être, plus longtemps.
Il est encore, hélas, des sourires supérieurs qui tombent du haut de certains fauteuils académiques : « Comment s’occuper de questions sociales ? L’esprit n’est-il pas là qui supplée à tout le reste ? ».

La guerre n’est-elle pas là qui supprime tous les esprits ? Les esprits et les fauteuils ?
Il faut que chacun comprenne bien qu’aujourd’hui l’heure est exceptionnellement grave.
C’est peut-être la dernière fois que nous avons l’occasion de jouer notre carte.
Demain il sera trop tard. Demain ce sera fini.
Fini de nos libertés qui s’ankylosent depuis dix ans !
Fini de nos espoirs qui palissent chaque jour davantage !

C’est maintenant qu’il faut agir. A chaque heure, chaque minute, chaque seconde.
C’est maintenant qu’il faut nous grouper, car si nous ne sommes pas, aujourd’hui, solidaires dans la vie, nous serons, demain, solidaires dans la mort.
Nous unir, nous grouper, nous rassembler, tels doivent être nos soucis et nos préoccupations.
Un rassemblement contre la guerre doit se créer dans le but d’allier toutes les consciences libres, tous les hommes de bonne volonté contre un ennemi commun. Il ne s’agit pas là d’idéologies politiques ou philosophiques. Il s’agit de Vie. De Vie ou de Mort !

C’est après de subtils calculs que nous avons pu sortir ce journal. Ce n’est qu’un premier numéro, bien imparfait sans doute, et pourtant nous en sommes fiers, car nous avons l’impression d’avoir posé la première pierre du mur qui doit s’élever entre la Guerre et l’Humanité. Ce numéro est un numéro de lancement, et bientôt c’est un hebdomadaire que nous voulons vous présenter. Je sais tout ce que ce projet peut avoir d’ambitieux et de difficile. Je le sais et pourtant c’est d’un coeur ferme que j’affronte l’avenir, car je sais aussi que la Patrie Mondiale et ce Rassemblement Contre la Guerre peuvent désormais compter sur vous. »

 

Éditorial de Pierre Bergé (décembre 1948)
pour La Patrie Mondiale n° 1 dont il était rédacteur en chef (il y eut deux numéros).

 

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BERTRAND RUSSELL

 

« La science a rendu la souveraineté nationale incompatible avec la survie de l'humanité. La seule alternative est maintenant un gouvernement mondial ou la mort. »

« Pas un seul des maux qu'on prétend éviter par la guerren'est un mal aussi grand que la guerre elle-même. »

 

 

« On croit toujours que les guerres sont justes et que l’on combat pour les intérêts de la paix, mais aucune guerre jusqu’ici n’a mis fin à la guerre. Si celle-ci doit se terminer autrement, alors elle doit engendrer un esprit nouveau, et surtout elle doit nous débarrasser de cette conviction ardente et faussement humaine que l’ennemi est cruel. »

Bertrand Russell, Le pacifisme et la révolution. Écrits politiques (1914-1918), Agone, 2014

 

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LORD BOYD ORR

 

Lord Boyd Orr, prix Nobel 1949
pour son combat contre la malnutrition

1949 01m 26s

Médecin et homme politique britannique, Lord John Boyd Orr est le premier directeur de la FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. En 1949, il est récompensé pour son combat contre la faim dans le monde. Peu après son prix, il est invité à Paris et donne une conférence à la Sorbonne. Il rencontre l’abbé Pierre qui lui rend hommage à la radio française.

(Archive INA -Source : RTF - JT 20H et interview radiophonique)

 

MARCEL MAUSS

 

« L’esprit de paix est avant
tout un esprit de fédération »

« Pas plus qu’il n’est possible de créer et de faire adopter une langue universelle avant qu’il existe une société universelle, pas plus il n’est possible de créer une paix universelle avant qu’il existe une société universelle. (…)

Il faut avancer de proche en proche en réalisant des sociétés de plus en plus grandes ou, puisque la mode actuelle est non seulement aux grandes nations, mais aussi aux petites, des fédérations et des confédérations de plus en plus vastes.

L’esprit de paix est avant tout un esprit de fédération ; il n’est possible que par la fédération et c’est ce qu’il faut créer pour avoir la paix, et non pas inversement créer la paix pour avoir ensuite des États-Unis d’Europe ou du monde. C’est quand il y aura des États-Unis d’Europe qu’il y aura la paix en Europe, quand il y aura des États-Unis du monde qu’il y aura la paix dans le monde. Pas avant ; prenons sur nous la hardiesse, le risque et le ridicule de cette prophétie ».

 

Lire le texte : “La nation et l'internationalisme” (1920)

 

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CHARLIE CHAPLIN

 

« Il faut nous battre pour libérer le monde, pour renverser les frontières et les barrières raciales, pour en finir avec l'avidité, avec la haine et l'intolérance. Il faut nous battre pour construire un monde de raison, un monde où la science et le progrès mèneront tous les hommes vers le bonheur. »

Charlie Chaplin
Le Dictateur,
1940

> Lire le discours intégral

Lors d’un discours à Carnegie Hall en 1942 Chaplin déclara : Je ne suis pas un citoyen, je n’ai pas besoin de papiers de citoyenneté, et je n’ai jamais eu dans ce sens de patriotisme pour aucun pays, mais je suis un patriote de l’humanité dans son ensemble. Je suis citoyen du monde. Si les quatre libertés signifient quelque chose après cette guerre, nous ne nous soucions pas de savoir si nous sommes citoyens d’un pays ou d’un autre.”

À la conférence de presse suivant la première de Monsieur Verdoux, en 1947 à New York, des journalistes hostiles se refusèrent à parler du film avec Chaplin, mais lui posèrent avec insistance des questions sur ses opinions politiques, son patriotisme et ses problèmes d’impôts. À la question : "Pourquoi n’êtes-vous pas devenu citoyen américain ?", il répondit par : "Je ne vois aucune raison de changer de nationalité. Je me considère comme un citoyen du monde” (annecdote rapportée dans “Histoire de ma vie”, Charles Chaplin).

Chaplin a également dit : «Je me considère comme un citoyen du monde, un internationaliste… Il se trouve que je suis né à Londres, en Angleterre. Cela aurait pu être en Birmanie, en Chine ou à Tombouctou, je serais toujours comme je suis. Je conserverais ma première citoyenneté parce qu’étant un accident de naissance, cela n’aurait pas de signification réelle. Mais où que j'habite, je me conformerai aux règles, lois et réglementations de ce pays." (dans “My Father, Charlie Chaplin” de Charles Chaplin Jr.).

En 1948, Chaplin dit à un interrogateur américain du Service d’immigration et de naturalisation : "Je me considère citoyen américain autant que n'importe qui d'autre et mon grand amour a toujours été ici dans ce pays […] en même temps, je ne me sens pas allié à un pays en particulier. Je me sens être citoyen du monde. J'ai le sentiment que le jour où les frontières seront abolies, les gens en allant et venant dans le monde entier feront partie de n'importe quel pays, et j'ai toujours ressenti cela à propos de la citoyenneté." (source)

 

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WINSTON CHURCHILL

 

« À moins qu'un gouvernement mondial
se soit rapidement constitué et n'entre efficacement en action, tout l'avenir de l'humanité est sombre et incertain ».

 

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LINUS PAULING

 

« Le temps est venu pour toutes les nations du monde, de remplacer le patriotisme national par une loyauté envers l’ensemble de l’humanité, d’abandonner la guerre pour le Droit mondial, et d’employer les ressources du monde et les produits du labeur humain au bénéfice de tous les humains, où qu’ils soient ».

 

« Je pense qu'il y a un pouvoir plus puissant que celui diabolique de la force militaire, des bombes atomiques - c'est le pouvoir du bon, de la moralité, de l'humanitarisme ». No More War !, 1958

 

Linus Pauling, prix Nobel 1962 pour
son opposition aux armes nucléaires

17 oct 1967 02m 22s

Prix Nobel de chimie 1954, Linus Pauling s’engage au lendemain des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki dans une campagne contre les armes nucléaires. De nouveau récompensé en 1962 pour avoir alerté l’opinion publique sur les dangers de la bombe atomique, il est l’une des rares personnes à avoir reçu deux prix Nobel. Interviewé en 1967, il estime qu’il est temps « d’abolir la guerre ».

(Archive INA - Source : ORTF - Un certain regard)

 

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SHINZO HAMAI

Lettre du maire d'Hiroshima au maire de Chelmsford (Grande-Bretagne)

 

« Monsieur,

Je suis heureux d'apprendre que vous et votre ville allaient être au centre de la compagne pour les élections-pilotes qui commencent le 20 juin 1949.

Je suis convaincu que l'effroyable expérience que nous, citoyens d'Hiroshima, nous avons subie le 6 août 1945, reste marquée dans notre mémoire. Les événements de ce jour tragique dépassent l'imagination humaine. Nous n'avons pas à blâmer les utilisateurs de cette arme terrible, mais à condamner la guerre elle-même qui suscite inévitablement aujourd'hui de telles calamités.

Il faut que les peuples du monde entier prennent conscience de ce fait : si l'humanité se résout à une nouvelle guerre, des tragédies plus épouvantables encore en seront la rançon.

Nous, citoyens d'Hiroshima, avons renoncé inconditionnellement à la guerre, et fût-ce au prix d'immenses sacrifices, nous sommes déterminés à prévenir une telle catastrophe en n'importe quel point du monde.

Mais nous savons que la paix ne peut s'établir seulement par des prières ou des propagandes humanitaires. Nous avons compris après de longues et profondes réflexions que la paix du monde ne peut être assurée que lorsque les États-nations auront rejeté leurs armes et que sera établi un gouvernement supra-national auquels seront délégués ceux des pouvoirs qui, détenus - comme la puissance militaire - par les États souverains, nuisent directement aux relations entre les nations au point de provoquer les conflits.

Le Japon a renoncé d'une façon permanente à la guerre dans sa nouvelle Constitution et cette déclaration d'une nation vaincue est peut-être sans portée, mais pourtant, si des nations comme la vôtre et les États-Unis se décidaient à donner l'exemple en prenant des mesures semblables aux nôtres, nous pensons que de réaliser un monde heureux cesserait d'être une loingtaine chimère.

Je forme des vœux sincères pour le succès de votre campagne d'élections-pilotes et pour le succès de l'Assemblée des peuples en 1950. Il ne faut plus d'autres Hiroshima.

Avec mon grand espoir dans les résultats que vous pourrez obtenir.

Sincèrement vôtre, »

Shinzo Hamai, Peuple du Monde n° 12, du 2 juillet 1949

Shinzo Hamai, maire d'Hiroshima en 1947-1955 puis en 1959-1967, a œuvré pour reconstruire sa ville et pour en faire un symbole de paix. Il a établi que chaque année soit fait un discours, le jour du 6 août, pour adresser au monde une Déclaration de paix. Le statut faisant d'Hiroshima une « ville de la paix » a été inscrit dans la loi japonaise le 6 août 1949.

Le 3 mars 1966, Shinzo Hami fera partie des 13 personnalités qui lancèrent « L'Appel des 13 ».

 

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THÉODORE MONOD

 

« Pourquoi j'ai été l'un des premiers en France
à m'inscrire sur le registre des citoyens du monde ?

Bien entendu pour joindre ma voix à toutes celles déjà venues proclamer que le seul espoir de l'humanité était d'accepter, après être sorti de l'âge des cavernes, de sortir enfin de celui des casernes. Il faut donc en finir avec l'amour de la guerre et des armes en adoptant l'idéal de l'espérance messianique, formulée par le prophète Isaïe, celui de la Montagne Sainte, "on ne se fera ni torts ni dommages, on n'apprendra plus la guerre, les armes seront transformées en instruments aratoires".

Le salut de l'espèce humaine est à ce prix.
Saura-t-elle le découvrir à temps ? »

 

« L'utopie ne signifie pas l'irréalisable, mais l'irréalisé. L'utopie d'hier peut devenir la réalité. » Théodore Monod

 

« Que les sociétés humaines soient aujourd’hui soumises à un gigantesque effort d'uniformisation à outrance, c'est l'évidence. La civilisation industrielle, mécanique et productiviste, fondée sur la puissance matérielle et l'argent, se prétend la Civilisation et s'arroge le droit de juger de la santé d'un pays au seul chiffre de son produit national brut, qui n'est pourtant qu’une somme arithmétique des activités, sans défalcation des nuisances.

Du bonheur national brut qui, lui, intéresse directement les hommes, il n’est jamais question : tant pis pour la qualité des rapports humains, tant pis pour les virtualités propres des ethnies ou des régions, tant pis aussi pour la nature, toujours plus allègrement saccagée au nom de dogmes impies, celui de l'efficacité technique (faire une chose pour la simple raison qu'on peut la faire) ou celui du profit (faire les choses parce qu’elles rapportent). (...)

Partout sur la terre, des États, nés des hasards de la décolonisation, à l’abri de frontières souvent absurdes, se montrent plus soucieux de hâter la fabrication de citoyens sagement coulés au même moule que de respecter les autonomies culturelles ; ceux d’entre eux qui comptent des pasteurs nomades, par exemple, font bien voir parfois qu’ils ne portent qu’une affection modérée à des hommes libres. (...)

Si notre propre culture s’est engagée dans la voie du progrès matériel et de la religion du profit, regardons au moins avec sympathie et respect ceux qui ont choisi la participation à un Univers organisé, la réintégration de l’humain dans le cosmique, le reflet au niveau de la vie des lois du monde invisible, ceux pour lequels le temps est un rythme né de la danse du dieu créant le monde, et la destinée une aventure sérieuse, souvent héroïque. »

 

Et si l’Aventure humaine devait échouer, Grasset 2000

 

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CHIEF JOSEPH

 

« Tous les hommes ont été créés par le même Esprit Divin. Nous sommes tous frères. Notre terre est la mère de tous les êtres humains, et tous devraient bénéficier de ses bienfaits de manière égale. Je sais que nous autres, Indiens, devons changer...

Nous voulons seulement avoir les mêmes droits que les autres hommes, nous voulons être comme faisant partie de l'humanité. Et lorsque l'Indien sera traité par l'homme blanc comme tout autre être humain, alors nous ne connaîtrons plus la guerre. Nous aimerions être les enfants d'une même et seule famille sous un seul et unique ciel entouré du même pays, et nous prions pour que cela advienne. »

 

Chief Joseph de la tribu Nez-Percé

 

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AMADOU HAMPATÉ BÂ

 

 

 

 

 

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Éloge de la métamorphose

« (...) Pour élaborer les voies qui se rejoindront dans la Voie, il nous faut nous dégager d’alternatives bornées, auxquelles nous contraint le monde de connaissance et de pensée hégémoniques. Ainsi il faut à la fois mondialiser et démondialiser, croître et décroître, développer et envelopper.

L’orientation mondialisation/démondialisation signifie que, s’il faut multiplier les processus de communication et de planétarisation culturelles, s’il faut que se constitue une conscience de “Terre-patrie”, il faut aussi promouvoir, de façon démondialisante, l’alimentation de proximité, les artisanats de proximité, les commerces de proximité, le maraîchage périurbain, les communautés locales et régionales.

L’orientation croissance/décroissance signifie qu’il faut faire croître les services, les énergies vertes, les transports publics, l’économie plurielle dont l’économie sociale et solidaire, les aménagements d’humanisation des mégapoles, les agricultures et élevages fermiers et biologiques, mais décroître les intoxications consommationnistes, la nourriture industrialisée, la production d’objets jetables et non réparables, le trafic automobile, le trafic camion (au profit du ferroutage).

L’orientation développement/enveloppement signifie que l’objectif n’est plus fondamentalement le développement des biens matériels, de l’efficacité, de la rentabilité, du calculable, il est aussi le retour de chacun sur ses besoins intérieurs, le grand retour à la vie intérieure et au primat de la compréhension d’autrui, de l’amour et de l’amitié.

Il ne suffit plus de dénoncer. Il nous faut maintenant énoncer. Il ne suffit pas de rappeler l’urgence. Il faut savoir aussi commencer par définir les voies qui conduiraient à la Voie. (...) »

« Éloge de la métamorphose », Edgar Morin, Le Monde, 10 janvier 2010

 

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Pour une politique de l'Humanité

« Ne faut-il pas nous défaire du terme de développement,
même amendé ou amadoué en développement durable, soutenable ou humain ?

L'idée de développement a toujours comporté une base technique-économique, mesurable par les indicateurs de croissance et ceux du revenu. Elle suppose de façon implicite que le développement techno-économique est la locomotive qui entraîne naturellement à sa suite un «développement humain» dont le modèle accompli et réussi est celui des pays réputés développés, autrement dit occidentaux. Cette vision suppose que l'état actuel des sociétés occidentales constitue le but et la finalité de l'histoire humaine.

Le développement « durable » ne fait que tempérer le développement par considération du contexte écologique, mais sans mettre en cause ses principes ; dans le développement «humain», le mot humain est vide de toute substance, à moins qu'il ne renvoie au modèle humain occidental, qui certes comporte des traits essentiellement positifs, mais aussi, répétons-le, des traits essentiellement négatifs.

Aussi le développement, notion apparemment universaliste, constitue un mythe typique du sociocentrisme occidental, un moteur d'occidentalisation forcenée, un instrument de colonisation des «sous-développés» (le Sud) par le Nord. Comme dit justement Serge Latouche, «ces valeurs occidentales [du développement] sont précisément celles qu'il faut remettre en question pour trouver solution aux problèmes du monde contemporain» (le Monde diplomatique, mai 2001). » (...)

Edgar Morin

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Enseigner l'identité terrienne

in Les sept savoirs nécessaires à l'éducation du futur
Livre écrit à l'invitation de l'UNESCO, 1999

 

Diversité culturelle et pluralité d’individus

« (...) On dit justement La Culture, on dit justement les cultures.

La culture est constituée par l'ensemble des savoirs, savoir-faire, règles, normes, interdits, stratégies, croyances, idées, valeurs, mythes qui se transmet de génération en génération, se reproduit en chaque individu, contrôle l'existence de la société et entretient la complexité psychologique et sociale. Il n'est pas de société humaine, archaïque ou moderne, qui soit sans culture, mais chaque culture est singulière. Ainsi, il y a toujours la culture dans les cultures, mais la culture n'existe qu'à travers les cultures.

Les techniques peuvent migrer d'une culture à l'autre, comme ce fut le cas de la roue, de l'attelage, de la boussole, de l'imprimerie. Il en est ainsi également de certaines croyances religieuses puis d’idées laïques qui, nées dans une culture singulière, ont pu s'universaliser. Mais il est dans chaque culture un capital spécifique de croyances, idées, valeurs, mythes et particulièrement ceux qui lient une communauté singulière à ses ancêtres, ses traditions, ses morts.

Ceux qui voient la diversité des cultures tendent à minimiser ou occulter l'unité humaine, ceux qui voient l'unité humaine tendent à considérer comme secondaire la diversité des cultures. Il est au contraire approprié de concevoir une unité qui assure et favorise la diversité, une diversité qui s'inscrit dans une unité.

Le double phénomène de l'unité et de la diversité des cultures est crucial. La culture maintient l'identité humaine dans ce qu'elle a de spécifique ; les cultures maintiennent les identités sociales dans ce qu'elles ont de spécifique. Les cultures sont apparemment closes sur elles-mêmes pour sauvegarder leur identité singulière. Mais, en fait, elles sont aussi ouvertes : intégrant en elles non seulement des savoirs et des techniques, mais aussi des idées, des coutumes, des aliments, des individus venus d’ailleurs. Les assimilations d’une culture à l’autre sont enrichissantes. Il y a aussi de grandes réussites créatrices dans des métissages culturels, comme ceux qui ont produit le flamenco, les musiques d’Amérique latine, le raï. Par contre, la désintégration d’une culture sous l’effet destructeur d’une domination technico-civilisationnelle est une perte pour toute l’humanité dont la diversité des cultures constitue un de ses plus précieux trésors.

L’être humain est lui-même à la fois un et multiple. Nous avons dit que tout être humain, tel le point d'un hologramme, porte le cosmos en lui. Nous devons voir aussi que tout être, même le plus enfermé dans la plus banale des vies, constitue en lui-même un cosmos. »  (...)

 

L'identité et la conscience terrienne

« La mondialisation est certes unificatrice, mais il faut immédiatement ajouter qu'elle est aussi conflictuelle dans son essence. L'unification mondialisante est de plus en plus accompagnée par son propre négatif qu'elle suscite par contre-effet : la balkanisation. Le monde devient de plus en plus un, mais il devient en même temps de plus en plus divisé. C'est paradoxalement l'ère planétaire elle-même qui a permis et favorisé le morcellement généralisé en Etats-nations : en effet, la demande émancipatrice de nation est stimulée par un mouvement de ressourcement dans l'identité ancestrale, qui s'effectue en réaction au courant planétaire d'homogénéisation civilisationnelle, et cette demande est intensifiée par la crise généralisée du futur (...)

L’union planétaire est l’exigence rationnelle minimale d’un monde rétréci et interdépendant. Une telle union a besoin d’une conscience et d’un sentiment d’appartenance mutuelle nous liant à notre Terre considérée comme première et ultime Patrie. Si la notion de patrie comporte une identité commune, une relation d’affiliation affective à une substance à la fois maternelle et paternelle (incluse dans le terme féminin-masculin de patrie), enfin une communauté de destin, alors on peut avancer la notion de Terre-Patrie.

Aussi nous faut-il apprendre à "être-là" sur la planète. Apprendre à être-là, cela veut dire : apprendre à vivre, à partager, à communiquer, à communier ; c'est ce qu'on apprenait seulement dans et par les cultures singulières. Il nous faut désormais apprendre à être, vivre, partager, communiquer, communier aussi en tant qu'humains de la Planète Terre. Non plus seulement être d'une culture, mais aussi être terriens. Nous devons nous vouer, non à maîtriser, mais à aménager, améliorer, comprendre. Nous devons inscrire en nous :

    • La conscience anthropologique, qui reconnaît notre unité dans notre diversité.
    • La conscience écologique, c'est-à-dire la conscience d'habiter, avec tous les êtres mortels, une même sphère vivante (biosphère) ; reconnaître notre lien consubstantiel avec la biosphère nous conduit à abandonner le rêve prométhéen de la maîtrise de l'univers pour nourrir l'aspiration à la convivialité sur terre.
    • La conscience civique terrienne, c'est-à-dire de la responsabilité et de la solidarité pour les enfants de la Terre.
    • La conscience spirituelle de l’humaine condition qui vient de l'exercice complexe de la pensée et qui nous permet à la fois de nous entre-critiquer, de nous autocritiquer et de nous entre-comprendre.

Il nous faut enseigner, non plus à opposer l'universel aux patries, mais à lier concentriquement nos patries, familiales, régionales, nationales, européennes, et à les intégrer dans l'univers concret de la patrie terrienne. » (...)

Edgar Morin

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ANATOLE FRANCE

 

 

 

 

 

 

 

« On croit mourir pour la patrie ;
on meurt pour des industriels »

Anatole France
L'Humanité, le 18 juillet 1922

 

Qu’on le veuille ou non, l’heure est venue
ou d’être citoyen du monde ou de voir périr toute civilisation

« Mes amis, faites haïr la haine, c’est le plus nécessaire de votre tâche et le plus simple. 

L’état où une guerre dévastatrice a mis la France et le monde entier vous impose des devoirs d’une extrême complexité, et, par conséquent, plus difficiles à remplir. Pardonnez moi d’y revenir…, c’est le grand point dont tout dépend.

Vous devez, sans espoir de trouver aide et appui, ni même consentement, vous devez changer de fond en comble l’enseignement primaire, afin de former des travailleurs (il n’y a place aujourd’hui dans notre société qu’aux travailleurs, le reste sera emporté par la tourmente), former des travailleurs intelligents, instruits dans les arts qu’ils pratiquent, sachant ce qu’ils doivent à la communauté nationale et à la communauté humaine.

Brûlez, brûlez tous les livres qui enseignent la haine. Exultez le travail et l’amour.

Formez-nous des hommes raisonnables capables de fouler aux pieds les vaines splendeurs des gloires barbares et de résister aux ambitions sanguinaires des nationalistes et des impérialistes qui ont broyé leurs pères. Plus de rivalités industrielles, plus de guerres. Le travail et la paix.

Qu’on le veuille ou non, l’heure est venue ou d’être citoyen du monde ou de voir périr toute civilisation.

Mes amis, permettez-moi de former un voeu bien ardent qu’il me faut exprimer dans une forme trop rapide et trop incomplète, mais dont l’idée première me semble de nature à pénétrer dans tous les esprits généreux

Je souhaite, je souhaite de tout mon coeur que bientôt, à l’Internationale, vienne s’adjoindre une délégation des instituteurs de toutes les nations pour préparer en commun un enseignement universel et aviser aux moyens de semer dans les jeunes intelligences les idées d’où sortiront la paix du monde et l’union des peuples.

Raison, sagesse, intelligence, forces de l’esprit et du coeur, vous que j’ai toujours pieusement invoquées, venez à moi, aidez-moi, soutenez ma faible voix, portez-la s’il se peut à tous les peuples du monde et répandez-la partout où il se trouve des hommes de bonne volonté pour entendre la vérité bienfaisante ! Un nouvel ordre de choses est né. Les puissances du mal meurent empoisonnées par leur crime. Les cupides et les cruels, les dévorateurs de peuples, crèvent d’une indigestion de sang. Cependant, durement frappés par la faute de leurs maîtres aveugles ou scélérats, mutilés, décimés, les prolétariats des nations restent debout. Ils vont s’unir pour ne plus former qu’un seul prolétariat universel et nous verrons s’accomplir la grande prophétie socialiste : « l’union des travailleurs fera la paix du monde ». 

Tribune pour le Congrès des Syndicats d’Instituteurs, Tours, 1909

Texte intégral

 

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EMMANUEL LÉVINAS

 

 

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« Ce visage atteste la présence du tiers, de l’humanité tout entière, dans les yeux qui me regardent. C’est ma responsabilité en face d’un visage me regardant comme absolument étranger qui constitue le fait originel de la fraternité. (...)

Le statut même de l’humain implique la fraternité et l’idée même du genre humain. Elle s’oppose radicalement à la conception de l’humanité unie par la ressemblance, d’une multiplicité de familles diverses sorties de pierres jetées par Deucalion derrière son dos et qui, par la lutte des égoïsmes, aboutit à une cité humaine. La fraternité humaine a ainsi un double aspect, elle implique des individualités dont le statut logique ne se ramène pas au statut de différences ultimes dans un genre ; leur singularité consiste à se référer chacune à elle-même. Elle implique d’autre part la communauté du père, comme si la communauté du genre ne rapprochait pas assez.

Il faut que la société soit une communauté fraternelle pour être à la mesure de la droiture - de la proximité par excellence - dans laquelle le visage se présente à mon accueil. Le monothéisme signifie cette parenté humaine, cette idée de race humaine qui remonte à l’abord d’autrui dans le visage, dans une dimension de hauteur ; dans la responsabilité pour soi et pour autrui. »

Totalité et Infini, essai sur l'extériorité, 1961


STEPHEN HAWKING

 

En 2015, dans sa tournée mondiale,
le groupe pop U2 diffusait la parole de
Stephen Hawking, traduite par ordinateur.

rapporté par Richard Maxheim

 

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« Quand nous voyons la Terre depuis l'espace, nous nous voyons comme un tout. Nous voyons l'unité mais pas les divisions. Une planète, une race humaine. Nous sommes ici ensemble et nous devons vivre avec tolérance et respect. Nos seules limites sont la façon dont nous nous voyons nous-mêmes. Les seules limites sont la façon dont nous nous voyons. Nous devons devenir des citoyens du monde. Nos voix sont importantes. Nous donnons leur pouvoir à nos élus, mais nous pouvons leur en enlever.

Nous sommes tous des voyageurs du temps qui voyagent ensemble dans le futur. Mais faisons de cet avenir un endroit que nous voulons visiter.

Soyez courageux !
Soyez déterminé !
Surmontez les difficultés !
C'est faisable. »

U2 lors de leur concert à Paris (juin 2015)


ANDRÉ CAYATTE

 

« Avant le déluge »
un film d'André Cayatte
(1954)

 

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Dans « Avant le déluge », un drame d'André Cayatte de 1954, quatre adolescents issus de la bourgeoisie se retrouvent en cour d'assises pour avoir tué un de leurs amis. En attendant le verdict, un flashback revient sur le déroulement des évènements, notamment à travers le regard de leurs parents. Nous sommes en 1950. La guerre de Corée fait rage et la tension internationale est à son comble. Certains parlent de troisième guerre mondiale.

L'intérêt est d'abord historique, voire sociologique, nous replongeant dans cette tension, cette panique, cette sensation de fin du monde irrévocable, qui régnait alors, desquelles découle le premier argument de la défense : ils ne savaient plus ce qu'ils faisaient dans cette atmosphère apocalyptique. Le déluge, c'est la menace de la guerre nucléaire qui perturbe les esprits mais c'est aussi tout ce qui précède le verdict après lequel plus rien ne sera pareil.

Voir la critique de Sandra Mézière

HAÏLÉ SÉLASSIÉ

 

WAR - Appel à l’O.N.U.
6 octobre 1963


prononcé par l’Empereur d’Ethiopie Haïlé Sélassié Ier
à l'Assemblée Générale de l'Organisation des Nations Unies, New York City, le 6 octobre 1963

 

« (...) Même encore maintenant, où tout est si fragile, beaucoup de nations répugnent à remettre leur destinée en d’autres mains. Pourtant, tel est l’ultimatum qui se présente à nous : renforcer la sécurité des conditions par lesquelles les hommes remettront leur sécurité entre les mains d’une entité plus large, ou risquer l’anéantissement ; convaincre les hommes que leur seul salut réside en la subordination de leurs intérêts nationaux et locaux aux intérêts de l’humanité, ou bien mettre en péril le futur de l’homme. Tels sont les objectifs, hier inaccessibles, aujourd’hui essentiels, auxquels il nous faut travailler. (...)

Nous devons devenir ce que nous n’avons jamais été et ce à quoi notre éducation, notre expérience et notre environnement nous a très mal préparé. Nous devons être plus grands que ce que nous avons été : plus courageux, avec une plus grande ouverture d’esprit et une vision plus large. Nous devons devenir les membres d’une nouvelle race, dépasser nos préjugés insignifiants, faire notre ultime allégeance non pas aux nations, mais à nos semblables au sein de la communauté humaine.»


Trône à St-Laurent-les-Tours

Lire l'intégralité de ce discours

 

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VICTOR HUGO

 

 

Discours de Victor Hugo
au Congrès des Amis
de la Paix universelle
(1954)

 

 

 

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« (...) Supposez que les peuples d’Europe, au lieu de se défier les uns des autres, de se jalouser, de se haïr, se fussent aimés : supposez qu’ils se fussent dit qu’avant même d’être Français, ou Anglais, ou Allemand, on est homme, et que, si les nations sont des patries, l’humanité est une famille ; et maintenant, cette somme de cent vingt-huit milliards, si follement et si vainement dépensée par la défiance, faites-la dépenser par la confiance !

Ces cent vingt-huit milliards donnés à la haine, donnez-les à l’harmonie ! Ces cent vingt-huit milliards donnés à la guerre, donnez-les à la paix !

Oui, je le dis en terminant, l’ère des révolutions se ferme, l’ère des améliorations commence. Le perfectionnement des peuples quitte la forme violente pour prendre la forme paisible ; le temps est venu où la Providence va substituer à l’action désordonnée des agitateurs l’action religieuse et calme des pacificateurs.

Désormais, le but de la politique grande, de la politique vraie, le voici : faire reconnaître toutes les nationalités, restaurer l’unité historique des peuples et rallier cette unité à la civilisation par la paix, élargir sans cesse le groupe civilisé, donner le bon exemple aux peuples encore barbares, substituer les arbitrages aux batailles ; enfin, et ceci résume tout, faire prononcer par la justice le dernier mot que l’ancien monde faisait prononcer par la force.

Messieurs, je le dis en terminant, et que cette pensée nous encourage, ce n’est n’est pas d’aujourd’hui que le genre humain est en marche dans cette voie providentielle. Dans notre vieille Europe, l’Angleterre a fait le premier pas, et par son exemple séculaire elle a dit aux peuples : Vous êtes libres. La France a fait le second pas, et elle a dit aux peuples : Vous êtes souverains. Maintenant faisons le troisième pas, et tous ensemble, France, Angleterre, Belgique, Allemagne, Italie, Europe, Amérique, disons aux peuples : Vous êtes frères ! »

 

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